Sochaux-Monaco : Compte-Rendu from inside

Après un an de lutte intestinale contre le vil Cardinal de C, c’est loin de Monaco, mais dans la joie que la jeune compagnie des mousquetaires du Prince a soufflé sa première bougie.
Deux périples pour une belle aventure, des milliers de souvenirs pour un même match, et surtout une victoire et un titre. Et c’est depuis ce jour que nous avons compris que, sans sacrifice, nulle victoire…

Vache trip from Haute-Savoie

À 6 heures du matin, le clairon fut sonné. Cocoricoooooo ! Une douche légère, un bol de corn flakes, et au revoir Haute-Savoie, direction Saint-Denis par le truchement d’un convoi 100 % Monégasque spécialement affrété pour l’occasion par l’ancestrale troupe du CSM Savoie ! Avant d’arriver jusqu’à la caravane rouge et blanche, je devais rallier Albertville, pour 7 heures du matin. Et là, c’est le drame… 7 heures avaient déjà sonné que je n’étais pas encore à Annecy. Pire ! Ayant un contact avec la caravane, c’est tout stressé et tout inquiet que j’apprends que celle-ci était déjà en route. À ce moment-là, je n’avais plus le sourire Banania mais plutôt le trouillomètre à zéro. Mais il y avait tout de même une dernière chance : que ma mère cravache dur les 5 chevaux de notre carrosse Opel Corsa pour rejoindre la petite délégation rouge et blanche à Chambéry. Et bien, je crois que je n’ai jamais vu ma mère dans cet état. C’est une lueur de flammes dans les yeux et le pied écrasant la pédale d’accélérateur qu’elle est devenue le dahu du volant, explosant les records de vitesse et couchant tous les radars entre Annecy et Chambéry ! Sami Nacéry et son taxi n’ont qu’à bien se tenir !
Après avoir forcé le bus à s’arrêter sur une aire d’autoroute, on avait réussi, je serai au Stade de France pour supporter nos couleurs. Le voyage fut long, monotone (avec des champs à perte de vue) et arrosé. D’une part par la pluie qui ne nous a pratiquement pas lâchées pendant la route, d’autre part parce que le porto et le vin blanc (du pays siouplé) coulaient à flots parmi mes compagnons de voyage. C’était une certitude, certains vont mettre du temps à monter les marches du stade !
Après quelques roupillons, Saint-Denis arrivait enfin. Du béton, du béton, et encore du béton… saupoudré de goudron, histoire de circuler correctement entre les immeubles. D’un coup d’œil, je constate que Peugeot a déjà une longueur d’avance. À peine sorti du bus que l’un d’eux est même venu m’accoster, emboucanant la bière à plein pif et avec au moins 2.5 grammes de sang dans son alcool. Tout ça pour me serrer la paluche et me raconter, dans un langage que moi même avec mon Savoyard j’ai eu du mal à comprendre, que Monaco devait gagner la coupe pour rester en Ligue 1 avant de clôturer notre conversation par un « TAPIS VERT »… Ah ça oui, on était bien dans l’ambiance d’une finale…

TGV voyage, from Aix-en-Provence

Parti tôt dans la matinée, tout commence vers 13 h 40, quand le TGV en provenance d’Aix-en-Provence largua l’ancre gare de Lyon. À peine sortis de cette grande bite à propulsion nucléaire que me voilà englouti par un autre ver de métal, et le paysage est assez monotone : des trous, des tunnels, des trous, des murs, des tunnels… Comme je taquine honteusement le plan du métro, il ne me faut pas longtemps pour me retrouver à mon Hôtel Place de Clichy.
Je largue mon paquetage, et comme ça faisait longtemps, je me retape une séance de trous et de tunnels, afin d’atteindre ma destination finale.
Une demi-plombe plus tard, j’arrive à la station de métro Saint Denis – Porte de Paris, j’escalade les quelques marches qui me mènent à l’air libre pétrolisé. Une fois habitué à la clarté ambiante, je me retourne et que vois-je ?
L’immense lieu du crime, le magnifique Stade de France !
J’en ai vu beaucoup des grands stades, mais celui-là… Pifiouut ! Vu de l’extérieur, San Siro fait gros bloc façon « Prison des Beaumettes », Le Stadio delle Alpi, extérieurement parlant, ya pas grand-chose, vu qu’il est enterré, Old Trafford, il fait un peu vieillot de dehors, avec les supermarchés du club en dessous… Mais le Stade de France, il est chouette beau ! Il en impose par sa taille, architecturalement, c’est fin, c’est moderne, c’est élancé, un vrai Colisée des temps modernes dont la coupole semble flotter par-dessus… Malheureusement, le pourtour ressemble à une ruche bleu et jaune sentant le liquide de freins. Seul, je n’ai que ma fierté d’être en rouge et blanc à opposer à leur nombre… En attendant l’arrivée des renforts !

L’avant-match (ou la prise du McDo)

La jonction faite au pied du stade, nous nous dirigeons vers le repaire des affamés : le Macdonald. En route, nous croisons pas mal de rouges et blancs, qui nous saluèrent tous avec de grands sourires, et évidement bon nombre supporters Sochalien, le chambrage fut donc de rigueur, même si parmi eux il y avait quelques cataplasmes qui s’adonnèrent dans l’insulte gratuite envers notre condition de « bourgeois »…
Nous restons évidemment de marbres face à ces mauvais représentants du fair-play général sochalien, préférant nous vautrer dans le rier plutôt que dans l’insulte gratuite. Ainsi, le parler mousquetaire fait recette, et le rembrouage clou le bec à certaines abeilles. Du genre « On va vous manger ce soir », et le tacotac répondit aussi sec « Toi, tu sais faire confiance à ton anus ! ». Passant sous un pont, un p’tit gars se penche pour nous crier son amour pour le miel et les abeilles, et ne reçut qu’un « fait gaffe mino, tu va tomber ». Sur la route ce n’est guère mieux, beaucoup de jaune sortent des voitures roulant plein gaz, la tête par la fenêtre, tout ça pour crier, au risque de se faire arracher la calebasse par une voiture parisienne doublant à droite pour rentrer plus vite dans son HLM.Même sérénade en arrivant devant le MacDo. Nous croisons plusieurs troupeaux tout de jaune et de bleu vêtus, s’égosillant à notre passage d’un « bouh » mal formé, qui d’un coup, me parut tellement familier.
Et voui, depuis le début, les gus qui voulaient nous conspuer en fait, font un concours de cri de vache ! Ainsi, à chaque fois qu’ils croisent un groupe de rouges et blancs, ils essayent de battre des records de meuglation. Et alors que nous nous présentons devant l’auberge de la bonne pitance du clown amerloque, un nouveau troupeau de Sochaliens fut rapidement cloué sur place par un « bravo mon gars, tu fais bien la vache »… Sourires jaunes de la part des supporters devenus bleus pour l’occaz, et silence de cathédrales… Ding Ding ! Nous arrivons tant bien que mal devant la serveuse du McDo. À sa mine déconfite, elle ne m’apparut pas des plus attirantes. Et après qu’elle m’a dit « Ya plou dé dissencatrévingue », je la trouvais encore moins charmante cette belle représentante du beau sexe.
Menfin, passons. Le constat est que si les Sochaliens ont eu les 280, ils n’auront pas la coupe… Et pis quoi encore !
Manquerai plus que le beurre, l’argent du beurre, et la crémière dans toutes les positions permises ou non par le Kama sutra. Je demande à ma nouvelle copine si, pour se faire pardonner, elle n’a pas à la place un tournedos Rossini, sauce madère avec des câpres.
Son regard façon merlan frit « makessketumeracontla » me dit que non, tout comme pour le saumon fumé citronné avec de la glace à la tomate, ou du risotto…
Bon, tant pis…
Rabattu sur un big mac, des frites, un coca, on se retrouve dehors, sur une table en bois sous les affres du vent et des gros nuages. Se tapant la cloche avec grand appétit, l’ambiance tombe un poil. Je prends donc les choses en main et mets tout le monde à l’aise, en larguant un petit pet sec, de ceux qui détendent l’ambiance. Dix minutes après, ça rigole dur, on se raconte nos péripéties respectives, les champs Zé, le bus, le métro. Je me fends d’un bref historique des mousquetaires qui tient en haleine (pas fraîche à cause des frites trop grasses) tout mon auditoire curieux d’en savoir plus sur notre bande de copains. L’ambiance est bonne enfant.

La pluie montrant le bout de ses gouttes, on décide de migrer vers le Stade, afin de s’abriter. Malheur, désarroi, infortune, fatalité, affliction, crime contre l’humanité. Cyril, pas encore bien remit de son périple depuis sa Savoie natale, doit se séparer à contrecœur de son sunday caramel dont il n’a pas eu le temps de finir… Déchirant moment troublant les passants qui se sont aventuré de notre coté, rien de plus terrible que de voir cet être plein de rier regardant par ses yeux humides la poubelle dans laquelle il vient de déposer son sunday, là où les autres ont envoyé valdinguer leurs boites vides. Mais personne ne savait que ce sacrifice allait avoir des effets des plus inopinés…

À l’assaut du Stade de France

En route vers le stade, le bal des Sochaliens redouble de vigueur, et par la même occasion, leur concours de « vacherie » international. On passe devant les différentes entrées du Stade de France, direction la porte ouest où nous attendent les supporters de l’ASM. On a même droit au salon de l’agriculture en direct du SDF, en passant non loin d’une porte dédiée au noyau dur des supporters sochaliens : le Meuh se poursuit donc, encore et toujours. Il y a les meuh longs, les meuh courts, les meuh beaux, les meuh laids, les meuh qui ressemble à des miaous, les meuh qui n’ont pas encore fait leur mue, les meuh sans conviction, les meuh convaincus, les meuh de cons vaincus…
Le meuh est à l’honneur, la vache qui rit est reine… Sauf en porte Ouest.Voila, je suis à présent de l’autre côté des barrières. Et après une fouille minutieuse, on apprend que les Savoyards se trouvent placés l’étage du dessus. Ô Rage, ô désespoir, ô placement ennemi ! Après la mort du Sunday, c’est la mort dans l’âme que nous nous quittons, espérant nous entrapercevoir à la mi-temps. Damned !
Après une intense réflexion, il m’est apparu que dans le cas présent, la seule limite qui s’impose à nous est celle de l’imagination humaine, et décidé coute que coute à passer ce match en bonne compagnie, j’entreprends l’élaboration d’un plan de réunification. Trois solutions s’imposent à moi telle une évidence :
— Soit je strip-tease une demoiselle, fais un cordage de fortune avec ses fringues, l’envoie à Cyril qui nous descend l’étage en varappe. Le problème, c’est qu’ainsi exposé, il ne sera pas à l’abri d’un sniper, ou même d’un tir raté de Pierre Alain Frau.
— Soit on fait un remake de la charge des walkyries version Mousquetaire, histoire de passer en force. Le problème, c’est que le stadier a peut-être des collègues qui risquent de nous priver de match en cas de surnombre excessif…
— Soit je lui transmets ma place afin de leurrer le stadier. Par où ? Facile, car le couloir qui va vers sa tribune longe le haut de mes tribunes. Et les deux ne sont séparés que par un grillage qui plus est non gardé.
En moins de temps qu’il ne te faut pour arracher un string avec les dents, je me précipite en haut des tribunes, pour transmettre le précieux sésame à mon pote, qui branché sur 218vradio « Je pense, donc tu suis », m’attendait déjà, faisant des exercices sur les pouces. 38 secondes plus tard, sa tête apparaissait à l’entrée des tribunes, le stadier trouvant le billet fort à son aise.

Le match !

Mais t’ai je parlé de l’intérieur du SDF ? Pas encore, mais ça va être impossible là, car le match est bien entamé, et c’est plutôt stressant. Monaco domine, mais ne marque pas. Et connaissant notre cheptel, c’est une situation qui me fout les nerfs en pelote, car on s’est souvent retrouvé la queue entre les jambes, avec un match en main et une défaite au bout…
Et là, c’est une finale !
Heureusement derrière moi se trouvent deux zigues franchement sympathiques. Le premier se dit supporter parisien. Son voisin serait supporter de l’OM, et ils sont venus selon eux pour enfin assister à du spectacle et pour voir enfin un match « sans-pression » pour eux. Ils auront le sourire et la petite phrase riante qui te desserre les fesses. Car je te prie de me croire cher lecteur, si les jambes et les cordes vocales ont souffert, nos fesses aussi, car à voir s’enchaîner les actions de buts manqués sur le fil, et connaissants notre manque flagrant de bol dans les grands moments, une douloureuse déception pointe le bout de son nez. Mais cela ne nous empêche pas de chanter, sauter, agiter les écharpes. L’arbitre siffle la fin de la mi-temps. Il pleut toujours, et l’orage monégasque est passé pour des Sochaliens dont les supporters sont comme Pedretti : apathiques.

Début de la seconde mi-temps, l’ambiance est toujours festive de notre côté, mais un poil tendu, car on est encore tous dans notre match.
Un qui ne se stresse pas, c’est le parisien, qui fait mine de téléphoné à Pedretti ou Rothen, leur demandant de se lever le maffre parce que sinon, le PSG ne les achètera jamais… Le jeu n’est pas d’une grande qualité chez nous, pertes de balles idiotes et errances techniques sont un lot dont on se serait bien passé. Mon pote PSGiste tente de me rassurer en me disant qu’on va la gagner cette coupe, rien n’y fait. Plus de chants, plus de clappement, plus de cris…
Le match devint donc de plus en plus tendu, au fur et à la mesure qu’il avançait. Cependant, c’est alors que la boule est au ventre, que la gorge est sèche, que le regard est à la gare, que le calfouette est humide, que la tension est palpable, que…
Et alors… Et alors…
Zorro est arrivé eh eh !
Le grand Hassan
El Fakiri
Qui permet à Giuly de marquer

Délivrance du coté monégasque, ça cris, ça saute, ça danse !!!
Les chants reprennent de plus belle, la sensation que le plus dur est fait parcoure toute la tribune R. La suite nous donnera raison. Les buts vont s’enchaîner. Giuly pour le premier, Squilacci pour le second, Dado Prso pour le troisième…
C’est au but de Dado que l’explosion, le cataclysme, le brouhaha, le typhon soulevèrent la tribune R des Monégasques. Car il fut très grand le bonheur du côté des supporters !!! Les Ultras et autres Infernis devant nous ont tous fusionné sur le premier rang dans une montagne humaine du bonheur. Bonheur aussi dans les tribunes au-dessus de nous, chez le CSM en bas à droite, où ça s’agite et ça chante. En face, c’est morne tristesse… Le jaune devient fade, le bleu se dilue comme du vieux rimmel usagé. La rencontre se termine sur cette fureur, même pas ternie par un but offert par l’arbitre aux Sochaliens pour un penalty imaginaire. Et l’arbitre a la bonne idée de siffler la fin du match.
L’AS Monaco vient de remporter le seul trophée qui lui manquait, avec le titre de champion de Ligue 2 et celui de champion d’Europe. En attendant de recevoir la mocherie de trophée, les joueurs se congratulent sous les acclamations d’une foule en délire qui vient de chavirer de bonheur !
En face, les Sochaliens sont tristes en allant chercher leur babiole flipper (car c’est le dauphin). Et quand on est triste, le pas est lourd, et donc ça prend du temps avant que ce petit monde évacue la place pour laisser les Princes aller récupérer leur trophée. En attendant, le kop monégasque chante, danse, remercie son équipe de l’avoir fait vibrer comme rarement durant ces deux dernières mornes saisons. Et dans la folie de la liesse générale, on a même aperçu notre vénéré cardinal rouler la galoche des familles à DD. Chose surprenant quand on sait que l’entraîneur n’était pas vraiment en odeur de seins tété avec la présipotance cardinalesque.
Giuly monte les marches, suivit de prés par l’admirable Zikos, qui malgré une grosse blessure au genou, s’est vu convié à la fête par ses camarades, montrant ainsi toute la solidarité de ce groupe. Une bise à notre vénérable Prince Albert, un coup de pince pogne au Président Thiriez et ils peuvent (Ludo et Akis) brandir bien haut cette coupe pour faire basculer à nouveau les supporters monégasques dans la joie et l’allégresse !!
Grand bonheur que de voir les joueurs faire le tour d’honneur, faire toucher la coupe aux supporters dans les tribunes basses. En une soirée, les deux ans de merde ont totalement disparu, au moins provisoirement. Oubliée l’humiliation à Rennes lors de la première saison de Deschamps. Oubliés les transferts foirés de joueurs boiteux.
La coupe d’Europe est à nouveau de retour à Monaco, grand bien lui en fasse !

Épilogue

On quitte petit à petit le stade de France, des souvenirs pleins la tête. La pluie a cessé, ce qui est plutôt une bonne chose. On se salut une dernière fois, le Savoyard retournant à son bus, et moi à mon métro. Je croise le sosie de Christanval dans le métro. On discute déjà de l’avenir avec la DNCG, comme quoi ça serait injuste de laisser partir cette superbe équipe en poussière pour des raisons administratives.
Un supporter sochalien, vautré quelques rangs derrière acquisse, et nous remercie pour ce fort beau match : le plus fort a gagné, c’est une évidence.
Et c’est dans la nuit parisienne, déserte et calme que je regagne mon hôtel pour quelques heures de sommeil méritées, like a poor lonesome mousquetaire sifflotant « Oh Eh, Oh Eh, On vous lâchera jamais »…