Le Limoncello, la boisson des dieux

Tandis que les joueurs profitent d’une mini-trêve internationale, profitons nous aussi pour faire une trêve football et parlons d’une chose intimement liée avec les Mousquetaires, à savoir notre boisson nationale, le merveilleux Limoncello.

Le Limoncello ou « limunciel » comme on le nomme en Italie est une liqueur aromatisée confectionnée à l’origine avec les célèbres citrons de la côte Amalfitaine, citron d’une qualité rare suite à de nombreux concubinages entre diverses espèces de citrons, effectués bien avant notre ère par les cultivateurs des environs de Minori, petite bourgade paisible à côté d’Amalfi.

Attention cher lecteur, je te sais très fan de l’histoire de Monaco, et un embrouillement certain à dus frapper ton bulbe neuro-formidatif. En effet, l’amalgame n’est pas à faire entre Yeso Amalfi, joueur brésilien (un peu tête de mule) aussi célèbre que Zidane dans les années 50, qui a joué en D2 avec Monaco en 52-53, avec donc la petite bourgade d’Amalfi, située entre Naples et Salerno, sur la cote italienne.
Grâce à la proximité de la mer, aux conditions climatiques favorables qu’offraient le sol (on est pas loin de Pompéi, et tu n’es pas sans savoir que la cendre volcanique est plus efficace sur un sol que le purin bovin) et le climat, les arbres prospéraient admirablement bien. Avides de bonnes choses (tu connais les italiens), ils entreprirent une sélection drastique des agrumes afin d’améliorer le rendement et la qualité, tout cela bien aidé par de nouvelles techniques d’irrigation. La variété de citron qui en sorti est très originale fort particulière, quasi légendaire !

Tu connais un peu les légendes gréco-romaines ? Zeus, Hercule, Vénus (la déesse de l’amour, pas le mont de Vénus petit canaillou), Athéna, ça te dit quelque chose ?
Présentement, c’est d’Hercule dont il s’agit.
Héraclès, Herculis ou plus simplement Hercule (comme Hercule Minus, le marchand d’amphores), est un héros célèbre de la mythologie grecque (ou latine, c’est kif-kif bourrique), qui a accompli 12 travaux (un peu comme Astérix quoi, mais en moins folklorique quand même) afin d’accéder à l’Olympe (montagne rocheuse servant de loft aux Dieux Grecs). Et parmi ces 12 travaux, il devait récupérer les pommes d’or du jardin des Hespérides (épreuve n° 11). Je ne m’étalerai pas là sur le pourquoi du comment qu’Hercule récupéra les pommes, car là n’est pas la question.
Mais il faut savoir que toute légende se base sur un fondement de vérité. Par exemple, il fut prouvé récemment la vraie existence d’un château qui serait vraisemblablement celui de Camelot, base des légendes arthuriennes.
Ainsi, les Campaniens supposent que « l’arbre aux pommes d’or » dont les trois belles Hespérides (toutes de nue dévêtues) avaient la charge en réalité n’était pas un pommier, mais un… citronnier ! L’écrivain italien de la Renaissance Giambattista della Porta avait émis lui aussi cette hypothèse quand, convaincu d’avoir découvert le jardin des Hespérides, il chanta les louanges de l’exquise et suave saveur des « limons amalfitanus », sûrement après avoir un tantinet taquiné la boutanche de Limoncello.
Les Grecs pourtant te soutiendront que le jardin des Hespérides se trouve bel et bien en Grèce (sans jamais l’avoir trouvé), tout comme les Anglais diront mordicus que Camelot est en Angleterre, alors que de nombreuses preuves difficilement réfutables le situent… en Espagne (avec Merlin, le Graal et tout…) ! Cependant, les preuves sont là… ou presque !
Et est-ce si saugrenu de foutre le jardin des Hespérides en Italie, quand on sait que la légende veut que ce fût Hercule qui traça le chemin longeant la cote reliant l’Italie à l’Espagne (et passant par Monaco) ? Pas vraiment… Mais ce n’est pas tellement la question, le tout était de te montrer combien les citrons sont légendaires, et seuls des fruits de légende pouvaient être à l’origine du fameux Limoncello !
Mais qu’est-ce donc que le Limoncello à la fin ??

Comme décrit pas trop loin qu’un peu plus haut, le Limoncello est une liqueur aromatisée au citron.
Ce liquide d’origine Transalpine se boit très frais à toute heure de la journée que tu sois de Rome, de Paris, de Gorbio, de Bratislava ou de Monte-Carlo. Mais avant tout, sa fonction première est celui de digestif.
À ce titre, il peut se comparer à la grappa que l’on boit dans d’autres régions. Et tout comme ses homologues et concurrentes italiennes, cette liqueur à base de citron favorise grandement la digestion, grâce à son arôme subtil et délicat, sans pour autant aboutir à un épanchement guttural bruyant propre au buveur de bière, appeler aussi rot dégueulasse.
En Campanie par exemple, il paraît inconcevable de terminer un bon repas sans déguster un verre ou deux de cette célébrissime liqueur jaune. Et tout mécréant refusant sa rasade de jaune citronné se trouvera lapidé, banni à vie et ses biens dilapidés !
La légende dit aussi que ce liquide jaunâtre a l’immense pouvoir d’apporter félicité et bien-être à son buveur. Certains alchimistes du côté de Vintimille y ont même trouvé quelques pouvoir aphrodisiaques, mais rien n’est moins sur.
Si la mondialisation de l’économie a forcé les producteurs de Limoncello à se servir d’autre citron que ceux de la région d’Amalfi, comme les citrons siciliens ou mentonnais (oui, c’est la moutarde qui mentonnais… bon, je sors), il aussi développer le commerce du Limoncello qui se vend chez tous les bon spécialistes de gastronomie italienne, et petit à petit dans les grandes surfaces. La bouteille jaune est inratable !
Enfin, la recette étant fort simple, il est pas étonnant de constater que quelques artisans restaurateur (ou non) du pourtour mentonnais (ou d’ailleurs même) n’hésitent pas à faire du limoncello de leur crû, le crû le moins bon étant de toute façon pas si mauvais que cela.

Mais je sens cher lecteur, qu’avant d’aller te précipiter chez ton épicier favori pour lui dévaliser son stock de bouteilles jaunes, il y a une question qui te taraude la pensarde.
Pourquoi le limoncello comme boisson nationale de l’ASMousquetaire ?
Il se trouve que la légende des mousquetaires à retenus entre quelques pages cornues que lors de la première assemblée générale des mousquetaires, tenu dans une petite auberge de la frontière beausoleilloise, après un repas frugal à se faire exploser le ventre, la compagnie jetât son dévolu sur le digestif de derrière les fagots de la maison… du Limoncello.
La légende retiendra que ce soir là, les cuves de Limoncello furent vider jusqu’à la derrière goutte, et c’est puant tous le citron et la joie suave procurée par cet alcool légendaire que nous sortîmes du petit restaurant, à une heure tellement tardive que la bienséance m’interdit de la prononcer… Et depuis lors, le Limoncello est devenu une enseigne sous laquelle les mousquetaires se souviennent de ce grand moment de rier malheureusement enfoui dans l’abîme de l’oubli…
Mais cet oubli est-il causé par un trop-plein d’abus de limoncello ? Nul ne le sait…

1er octobre 2003