Jusqu’ici, tout va bien

Cette phrase n’a pas trotté bien longtemps dans ma tête en cette soirée de Coupe de la Ligue face à Marseille. Je décide de me reposer quelques instants avant le départ pour le Vélodrome, je ferme les yeux, mon voyage onirique commence.

Il nous est arrivé à tous de vouloir que nos rêves deviennent réalité. Mais lorsque l’on en arrive à souhaiter que la réalité n’ait été qu’un rêve, cela cache quelques problèmes en perspective. Une nuée de pensées rêveuses s’élève au-dessus de mes draps et file vers une voiture déjà pleine à craquer de mes amis. En avant pour Marseille ! Les discussions enflammées n’atteignent pas mes oreilles, au-delà de ce brouhaha, je suis surtout préoccupé par l’heure, comme quoi même en rêve les obligations nous traquent.
L’autoroute entre Aix et Marseille est rapidement avalée, vient le moment de la première (mauvaise) décision : « Bon les gars, on arrive à Marseille, je prends la sortie du Port ou le Centre-Ville ? » Moi, n’ayant pas de grandes notions de géographie marseillaise (encore moins dans mon état soporifié), mais faisant preuve de logique « Prenez par le Centre-ville, le Stade sera forcément indiqué ».

Avez-vous déjà fait des rêves où vous parliez sans être entendu ? Cela tourne rapidement au cauchemar. Ils votent, je suis la minorité qui a toujours tort (même si j’avais raison) et on part se pommer dans les étroites rues olympiennes. Vexé qu’on ne m’ait pas écouté, amusé de les voir tourner en rond et en même temps soucieux d’arriver à l’heure au stade pour y retrouver ma petite amie, je devais prendre mon mal en patience pendant… 1 h 30 !

Après 90 minutes de courses effrénées dans des quartiers peu fréquentables qui ne sentent pas La Rose (?!), ils se décident enfin à me demander mon avis « Bon on sort de Marseille, prend l’Autoroute et dès qu’on peut on fait demi-tout et on prend la sortie qui mène vers le centre ». Ils me regardent d’un air peu convaincu, limite hébétée (je me demande s’il faut que je remette une pièce pour qu’ils parlent à nouveau). Finalement j’eus raison d’eux et on arrive enfin jusqu’au centre-ville, plus bouché qu’un cartable d’écolier (ou qu’un Président marseillais). Je propose de s’y rendre en métro, je sens qu’une fois encore ils hésitent à ignorer ma proposition, mais mon récent succès d’orientation donne du poids à mon choix.
Je passe sur ce trajet en métro où mon rêve ne m’a laissé que de vagues souvenirs inintéressants.

Nous arrivons devant le Stade Vélodrome, il reste encore une heure et demie avant le début du match, alors je peux me ressortir intérieurement que jusqu’ici tout va à peu près bien. Moi et mes 4 compagnons pouvons donc nous diriger tout gaiement vers la billetterie située sur le boulevard.
« Bonjour, où se situe la tribune réservée aux Monégasques s’il vous plaît ? »
Regard interrogateur et vitreux au guichet : « euh… Je ne sais pas, allez voir à l’autre billetterie »
— « Elle se situe où ? »
— « De l’autre côté du Stade »
Je prends une profonde inspiration avant d’aller annoncer la nouvelle à mon cortège. Cela n’aurait pas été important si comme au Louis II, on pouvait tourner directement autour du stade et donc faire cela en quelques minutes. À Marseille comble d’intelligence, ces chemins sont barrés (raison de sécurité) et nous sommes contraints de faire le tour à pied en passant par les routes adjacentes. Sacré détour, nous arrivons un quart d’heure plus tard au point souhaité, je me glisse jusqu’au guichet : « Bonjour, je voudrais acheter des billets pour la tribune réservée aux supporters de Monaco. »
La personne me regarde elle aussi d’un air étonné et va se renseigner auprès d’un collègue…
« Vous devez faire le tour et aller à l’entrée du Parc Chanot, là-bas on vous vendra vos places et la Police vous escortera. »

Pour un rêve bizarre… Nous n’étions plus à ça près, alors nous décidons de continuer notre tour du stade par l’autre côté… Être obligé de marcher en dormant si ce n’est pas un comble !
Un quart d’heure environ après cette rapide discussion, nous nous retrouvons devant ce Parc sans moyen de trouver où acheter nos billets. Nous décidons de pénétrer dans le Parc, nous le visitons de fond en comble et finissons par tomber sur d’autres supporters Asémistes qui eux nous indiquent que nous sommes tout près du « hall 7 » où nous sommes censé attendre.

Nous nous y posons, le temps passe, un rapide coup de fil à mon amie me permet d’apprendre que le bus des Ultras ne devrait plus tarder. Nous patientons devant cette porte close, quand un coup de fil de ma bien-aimée m’indique que le bus est arrêté à l’entrée du Parc et que c’est elle qui a nos places.
Ni une ni deux, je me décide à y courir, délaissant mes amis pour quelques dizaines de secondes. 400 mètres plus loin, je ne vois aucune trace du dit bus. Re-coup de téléphone, ma petite amie est avec mes grands amis (?!), je comprends qu’ils ont dû emprunter un autre chemin alors je retourne en courant en arrière, sûr de tous les trouver là.

Au moment où j’arrive la porte se referme, j’explique au vigile que je suis Monégasque, mais il ne veut rien entendre : « Les consignes sont les consignes, nous venons d’emmener les supporters maintenant c’est trop tard. »

Je m’apprêtais à lui répondre vertement quand un coup de fil me coupe « Allez dépêche-toi on est tous devant l’entrée principale là ! Après je dois laisser mon portable, on ne rentre pas avec »
Et moi « Ok j’arrive »… Oui, mais quand…
Je ne sais pas si vous avez suivi, alors je suis actuellement derrière le stade, à côté d’un virage (Nord apparemment à, je repars en courant en direction du boulevard, sûr encore une fois de les trouver. J’y arrive PERSONNE !
Réfléchis… Réfléchis… Si ce n’est pas celle-là l’entrée principale dont elle parlait c’est donc l’autre de derrière !

Et c’est reparti, je me retape un tour de Stade en courant, 6 à 7 minutes plus tard, à bout de force j’arrive de l’autre côté du stade, toujours personne… Mon rêve tourne au cauchemar caractérisé !

Je vais parler à un vigile pendant que 15 supporters adverses me harcèlent pour une place dans le stade ou une petite pièce.
« Bonjour, je cherche l’entrée du la tribune des supporters monégasques »
Un grand cri écourte ma phrase, les deux équipes rentrent sur le terrain aïe…
— « Ok, vous avez votre place ?
— non c’est mon groupe de supporters qui l’a justement, je dois les retrouver
— Ah on m’a dit qu’ils étaient déjà entrés
— Non une personne m’attend, elle me l’a dit
— Si vous n’avez pas votre place, vous ne passez pas et puis ce n’est pas ici votre entrée, vous devez faire le tour du stade et puis…
— Ouais ouais c’est bon ! »

Excédé, à bout de nerfs et de souffle je me vois déjà passer tout le match dehors et je pense à mon amie qui rate le match à cause de moi en m’attendant…
Plusieurs « pseudo-supporters » Marseillais ont entendu que j’étais pour l’ASM et me regardent d’un air glauque, je me dis qu’il ne fait pas bon pour moi rester ici.
Je n’ai jamais vécu un rêve aussi fatigant, je me promets intérieurement de ne pas me rendormir de sitôt histoire de me reposer un peu ( ?!)

Et puis ce coup de bol, l’inspiration suprême, une voiture de police passe pas loin, je cours vers eux et leur fais signe d’arrêter. Je n’ai jamais été fan des forces de l’ordre, mais pour rejoindre ma tribune, je serais même prêt à écouter l’intégrale de Francis Lalanne.

« Bonjour, je viens de faire plusieurs fois le tour du stade pour trouver ma tribune, on ne veut pas me laisser passer pourtant je sais, qu’on m’attend avec ma place, mais là je ne sais plus comment faire… »

Le jeune policier, visiblement pris de compassion pour moi me fait monter à l’arrière, où je me retrouve le visage à quelques centimètres de la gueule d’un énorme molosse, heureusement une fine grille nous sépare.

Après avoir obtenu les autorisations de leur « QG », ils me font pénétrer dans un petit passage où j’avais déjà essayé d’aller. D’un côté il y a des CRS et des barrières, à l’autre extrémité un portail et des vigiles, comment aurais-je pu rejoindre ma tribune sans l’aide inespérée de cette voiture de police ??? La logique Marseillaise me fera crever !

Finalement au bout de 5 minutes, ils me déposent devant ma tribune, on m’ouvre les grilles, le vigile m’expliquera qu’une fille avait tenu absolument à rester dehors, mais que comme ils n’y ont pas autorisé, elle leur avait laissé ma place et me voilà tout heureux, mort de fatigue et de stress accumulé, mais heureux dans ma tribune et les bras amoureux…
Peu importe le score, j’y étais arrivé.

Une seule chose me chiffonne quand j’y repense, je ne rêvais pas…