Real de Monaco vs AS Madrid : Galactique tic et tac

Mon histoire commence à 17h00, quand je pris mes deux jambes et mon cou pour plonger au cœur de la principauté afin d’en humer le doux parfum de coupe d’Europe. Les boutiques se sont parées de rouge et de blanc pour l’occasion. La rue Grimaldi est noire de monde et hurle sa joie au passage du bus des joueurs. Après ce petit moment bucolique, je m’en vais poser mon délicat postérieur en loge. Je passe sans encombre le cordon de CRS, puis celui de gardiens de la paix, sans oublier celui des policiers, des agents de la rousse, des poulets, pour enfin, après une fouille minutieuse, rentrer facilement dans le stade.

Une fois arrivée à ma place je lève les yeux et oh ! … Ah ! … J’en reste coi, coua, quoi ? Hein ? Ah, oui, de quoi ? Ben le pesage. Une plombe avant le match, il est déjà plein, débordant de rouge, de blanc… Ça tremble ! J’te jure, le stade en frémi, les arches vacillent… Le chaudron a oublié sa fadeur jaunâtre pour une parure « fraise et crème » qui lui sied à merveille !
L’adrénaline me monte bien haut jusque dans le ciboulot… La soirée sera belle, car même pas encore commencée, on peut tous déjà être fiers des supporters monégasques tant décriés. Le douzième homme lui aussi a rendez-vous avec l’histoire !
Il y a du beau monde près de mon reposoir à fesse grand luxe (c’est le reposoir qui est grand luxe, pas les fesses). Le Prince, tout d’abord, dans sa loge, entouré de carabiniers, et de VIP infestés de sangria. Francis Lalane, et son look indécrottable, Clément d’Antibes et son poulet de Bresse, mais aussi un tas de masters écervelés, qui connaissent le football autant que toi la tactique à adopter en cas d’OPA agressive. Genre de personne qui vient tellement souvent au match qu’ils ont eu besoin d’un GPS pour trouver le parking du Louis 2. Des personnes venues encombrer le Louis 2 pour voir le Real, parce que Zidane, parce que Ronaldo, parce que… Et non pour supporter Monaco, alors que j’ai une demi-douzaine de potes supporter jusque dans les globules rouges (et blanc) qui sont restés en carafe devant leur télé (les pauvres) faute de place …
Menfin, alors que je me perds en conjectures métaphysiques que l’inutilité pathétique de la navrante caste des VIPs dans les tribunes d’un stade de foot, vl’a t’y pas que le pesage se met en branle ! Et oui, les joueurs entrent dans l’arène, accompagnés d’un tifo majestueux, au bas duquel trône une bâche : « Faites-nous rêver » se mariant bien avec la musique de la Ligue des Shampoings. Les deux équipes se malaxent tour à tour les phalanges, les camps sont choisis… la fête peut commencer !!!

Première surprise : Dédé nous a concocté un système tactique spécial. Enfin, ce n’est pas une véritable innovation puisque ce dispositif tactique sort tout droit des cartons de la coupe de la ligue l’an passé.
En effet, le 433 disposé face au Réal est le frère jumeau de celui qui nous avait permis de ressortir du Vélodrome la liesse au cœur et le sourire banania sur le visage l’an passé à la même époque.
Dans les deux cas, le principe était de présenter des ailiers afin de bloquer les latéraux adverses, et de profiter des espaces qu’ils laissent lors de leurs incessantes montées. Ainsi quel plaisir de voir un Giuly très haut sur son côté droit, et un flanc gauche Evra-Rothen-Prso monstrueux de volonté, de technique, de puissance… Real, prend garde à toi !
Enfin, là je m’enflamme un peu. Parce que disposition tactique ou pas, c’est le Real de Madrid qui joue à la baballe pendant 15 minutes. Passe à 10 totale avec grande conservation du ballon. Maîtrise technique du premier quart d’heure, mais aucune volonté d’aller de l’avant. Grande sûreté dans leur jeu, un peu hautain, un peu trop prétentieux même parfois.
Dans les premières 20 minutes, il ne se passe rien, que dalle… ou presque. Un tir d’Evra au-dessus, un corner monégasque suivit de deux reprises à nouveau contrées de Giuly, voilà les rares occasions monégasques.
En face, seul un lob de Zidane bien sorti par Roma nous a réellement inquiétés. Ah oui, et aussi un centre de ce même Zidane fort devant les cages. Raul n’est pas loin de reprendre la gonfle… Un ange passe… Enfin, ce même Zidane se fait piéger par la pelouse monégasque. Parti dans le dos de la défense, il perd le ballon, victime du fameux « coup de la taupe » et d’un rebond hasardeux. Dans la loge, on reste assez calme, posé… Diantre, on est en loge !
Sauf qu’à la trentième minute, Evra s’envole, Salogada sort le missile sol-air à crampons à retardement et se charge du latéral rouge et blanc. La faute est grossière et la violence de l’impact fait se lever tout le stade. Et tu ne devineras jamais qui se leva en premier ?
Et oui, tu ne l’as pas deviné, c’est le Prince Albert Himself… Le maitre de séant, le premier supporter de l’ASM, celui qui doit jouer tout en retenue, mais qui ce soir, emporté par sa passion… ne se retiens pas !
D’ailleurs, de par ce geste et d’autre éminemment virulent, comme un « fichtre que cet arbitre est chauve » ou une agitation d’écharpe, notre bien aimé Prince recevra les foudres de la presse Espingouine, ne trouvant que ce prétexte pour cracher leur fiel sur après la leçon monégasque..
Pour revenir à notre nous-mêmes, une constatation s’impose : si le patron se permet de tels comportements, soyons fou, mettons l’ambiance !
Dès lors, sous l’impulsion de ton serviteur et de quelques autres supporters non loin de moi, le coté honneur du stade deviendra un micro pesage, applaudissant en écho, chantant un tout petit peu, bougeant certainement 100 fois plus que sur tous les autres matchs de la saison réunis. Les gus derrières tâteront de mon regard d’acier qui leur incita à ne plus râler en cas de levage intempestif de ma personne. Tout allait bien, et Monaco avait le ballon.
Oui, mais voilà… Gronaldo, que l’on n’avait pas vu du tout, accélère, bien aidé par un écran de Colina, passe le milieu, transmet à Gutti qui s’efface, appelant à lui toute la défense, laissant seul Raul qui se gène pas pour convertir l’offrande.

Real de Monaco 0 – 1 AS Madrid

Mais par chez nous, même si on n’en mène pas large devant la démonstration madrilène (une accélération, un but). On reste serein. Pourquoi ? Parce que ce but rentre dans la logique de notre pronostique à 4 de la loge : Monaco gagnera 3-1, cela fait plus de 10 jours qu’on le dit. Ce but endort un peu le Real, et surtout, fait réagir les Monégasques qui poussent bien plus ! Le public pousse aussi… Certains dans les toilettes poussent encore et toujours, surtout papy Jojo atteint d’une crise de constipation aiguë.
Et devant tant de générosité collective, le stade est enfin récompensé. Sur une récupération d’Evra, ce dernier centre. M’orientes remet en retrait pour Super Ludo qui reprend de volé… Et sur sa première volée non contrée par un défenseur suicidaire, cela va au fond…

Real de Monaco 1 – 1 AS Madrid

Le stade éructe sa joie. Les joueurs de Madrid têtebassent et l’arbitre siffle la mi-temps. Tout est encore possible, et il est temps maintenant de nous rassasier, direction les entrailles de la bête, direction le buffet !
Car c’est vraiment un grand moment à ne pas rater. Après avoir assisté à une mi-temps VIP, l’homme peut dire qu’il a réussi sa vie. C’est d’un convivial. C’est d’un pratique. C’est d’une classe. Car là est toute la majestuositée de ce buffet VIP de mi-temps, c’est que 100 personnes s’entassent dans une pièce réservée pour 30 dans le seul et unique but d’aller manger à l’œil ! C’est économique un VIP… Ça se bouscule, ça se passe devant, ça oublie la politesse, c’est le ghetto, c’est la guerre, c’est la famine, c’est la jungle… L’habit ne fait pas le druide, mais là, le costard est là pour planquer l’homme de Cro-Magnon qui n’agit que pour suivre son seul instinct : BOUFFER A L’OEIL !!! Menfin, je ne m’attarde pas, un machin salé, un truc sucré, un chlouk de Perrier sans la rondelle et hop, retour à l’air libre… Je m’empresse vers mon fauteuil qui a froid loin de mon postérieur.
Et bien m’en a pris. Car à peine reprise, cette partie devient folle. Rothen sur son côté gauche affole tout le monde, passe pour Evra qui balance un grand ballon dans la surface. El Nando Morientes s’élève, arme sa frappe, et catapulte le ballon dans la lucarne de son copain Casillas d’un fantastique coup de boule.

Real de Monaco 2 – 1 AS Madrid

Voilà qui change bien des choses. Voilà qui rend le sourire à nombre de spectateurs.
Voilà qui emboucane les prémisses d’une nouvelle folle soirée espagnole !
Voilà qui apprend des valeurs jusque là inconnues des Super Méga Star Galactiques : la peur, la trouille, le doute… Derrière moi, j’entends deux VIP, fraîchement revenus de leur périple sur la Terre du Buffet, la bouche pleine de petits gâteaux « Fofa poffible ! Monafo méne fafa au féal ! » ; « Fafa Fonafo » ou encore « FrissFrolls ». Et ceux qui ne disent pas des inepties applaudissent du bout des doigts.
Ce n’est plus le même match. Un but, et c’est l’exploit, la prouesse, la méga performance, le haut fait, l’action d’éclat, le coup de semonce sur l’Europe, le triomphe, que dis-je… l’ORGASME !!!!
Dès lors, les Galactiques jouent avec la peur au ventre… Eux qui se voyaient déjà il n’y a pas une demi-plombe de cela en train de choisir leur hôtel à Londres en viennent maintenant à appeler maman pour leur changer les couches !
C’est beau le football !!!
Voilà, un nouveau match vient de commencer. Il reste 45 minutes (en extrapolant sur les arrêts de jeu), et Monaco est à un tout petit but de l’exploit. Sur le terrain aussi c’est un tout autre match. Madrid n’a vraiment pas la maîtrise du jeu, Monaco joue haut, Monaco joue avec ses tripes, et les Espagnols sont obligés de faire quelque chose qui n’est pas dans leur vocabulaire : défendre ! Là où Madrid a une petite chtouille de perdre sa saison, Monaco n’a plus rien à perdre. Le grand prédateur carnassier est de sortie, et la proie à base de Tortillas est fin prête ! Attention quand même parce que la bête tente de sorti le nez de la nase dans laquelle elle se trouve plongée. Zidane provoque une faute à trente mètres des buts, plein axe. C’est du gâteau pour Roberto Carlos, qui préfère tout de même laisser le ballon à Figo dont la superbe frappe finit… dans la niche à Roma ! Grand moment de frisson, mais bel arrêt !
Monaco bouscule le grand Madrid, poussé à fond par le douzième homme du pesage, aidé par le treizième homme des populaires, soutenu par un quatorzième homme dans les premières et les loges.
Il reste un peu plus d’une demi-heure, et là je me dis que vu le pestacle offert ce soir, vu les émotions proposées au kilo, même si on ne passe pas, on pourrait être fier de nos joueurs. C’est alors que Rothen chipe un nouveau ballon dans les pieds de Zidane. Il passe à Cissé qui résiste à la charge d’un défenseur madrilène, il percute dans l’axe, passe un nouveau joueur, transmet à Ibarra sur la droite, qui va défier Robert-Charles.
LE PASSEMENT DE JAMBE. Il est fou, il est génial cet Argentin, faire le Roberto-Carlos à Roberto-Carlos, c’est du grand art ! Il se décale, centre-tire…
ALALALALALALA !!!!!!

Real de Monaco 3 – 1 AS Madrid

Le piton de la fournaise vient d’atomiser le Stade !!!! On s’embrasse, on se congratule, on congratule Giuly surtout venu nous saluer torse à poil, montrant son amour pour son maillot, fêtant avec force et bonheur son second but, le troisième de l’équipe… Et quel but ! Sur la frappe d’Ibarra, il se retrouve (il se sait d’ailleurs pas comment ni pourquoi) sur la trajectoire de la balle qu’il dévie du talon dans les cages !
C’est l’action du match. C’est le but qui offre pour l’instant la qualification à Monaco, qui fait chavirer tout un stade, qui renverse toute l’Europe et réalise le fameux « coup du parapluie » à tout un système basé sur le pognon !
L’exploit est en route plein gaz !
La légende est en marche !
C’est un très grand moment de football qui se dessine à l’horizon, dans environ 20 minutes (toujours avec extrapolation des arrêts de jeu)
Et durant ces vingt minutes, que verrons-nous ? Du rouge, du blanc, et beaucoup de fois le chrono. En face, ce ne sont plus les Galactiques, ce sont les Stalactiques !!!!
Parce que les Monégasques, pour une fois, ne vont pas reculer. Pire, ils vont harceler constamment les Madrilènes complètement perdus sur le terrain. À l’image d’un Ronaldo que l’on n’aura pas vu, à l’image surtout d’un Zidane, dans tous les bons coups en première mi-temps, dans tous les mauvais en seconde mi-temps. La peur se change en doute, le doute se change en impuissance, et le Real balbutie son football !
Moi, je suis debout, l’écharpe en l’air, criant ma joie, encourageant les joueurs appréciant chaque minute de ce spectacle, mais ne souhaitant qu’une seule chose, que cela se termine au plus vite ! Adebayor tentera un truc de fou et touchera l’équerre… AHAHAHAH c’est pas possible.
Mais si c’est possible. Les Madrilènes tentent de forcer la décision, mais Rodriguez et Givet sont royaux !
Rothen brille par un harcèlement de tous les instants en défense, par une magistrale conservation du ballon en attaque. Zidane viendra se casser le nez nombre de fois en fin de match sur Jérôme qui gagnera nombre de duels devant le chouchou des Français.
Et pourquoi Zidane est-il passé à droite ? Biscotte à gauche, il est tombé sur un Jaro Plasil des grands soirs. Une performance à mi-chemin entre du grand Zikos, et du Nedved. Sans peur et sans reproche, il mangera lui aussi sa part de Zidane !
Le chrono a fini sa course folle, mais l’arbitre assistant annonce 5 minutes d’arrêts de jeu…
5 minutes, c’est quoi ?
Ce n’est rien, ou presque. Et pourtant. C’est long.
Ce fut tellement long que je crois si j’avais dormi pendant ces 5 minutes, j’aurai eu mon quota de sommeil de la semaine. Le Real pressera, mais se cassera les dents… et l’arbitre siffle la fin du match sous une liesse générale !
Cette liesse, elle durera plus de vingt minutes au cours desquelles TOUT le public est resté dans les travées du Louis 2 à applaudir son équipe qui vient là de tourner une des plus belles pages de son histoire, si ce n’est la plus belle. Voilà, la messe est dite, il est temps de rentrer à pénates à patte. Vivement dans 15 jours que l’on remette cela avec les Rosbifs !!!