Monaco-Porto : Jusqu’à la lie

Parce qu’il y a des moments uniques qui resteront gravés dans nos cœurs malgré le fort saignement dû à l’épilogue tragique, voici donc l’histoire mémorable malgré tout de cette finale, mon histoire, avec le convoi aérien du Club des Supporters de Monaco depuis son commencement, devant le parvis du Stade Louis 2, jusqu’à sa fin, devant le parvis du Stade Louis 2

La remise de la coupe

Ayé, le capitaine portugais au nom imprononçable même avec un cheveu sur la langue vient de brandir grande zoreilles. Ludo Giuly se trouve seul, en jogging, face au kop monégasque dont les 14 000 membres seront amorphes, comme si une chape de plomb venait de nous tomber sur la cafetière…
Dur dur que de regarder la joie des Portugais. Les plus chanceux auront des perles lacrymales qui viendront leur brouiller la vue un instant. Giuly est là, il ne bouge pas. Il nous regarde. Ce qui lui passe par la tête, je ne sais pas, mais à ce moment-là, je donnerai tout pour le savoir. Au loin, Gaël Givet, probablement le plus touché par la défaite se précipitera dans les vestiaires. On apercevra Pierrot la Cravate en pleine discussion avec Nando.
Ludo est là, il ne bouge pas…
Ma vue commence à se troubler.
Vite, je sors…

Le retour vers le bus

14 000 âmes en peine, que dis-je, 14 000 zombies en rouge, en blanc, en larmes, accompagnés par Dame Tristesse et son cortège de douleur tentent désespérément (c’est le cas de le dire) de rejoindre bus, voitures, veaux, vaches, cochons.
Le chemin à travers la forêt est long, et si certains passages fort sombres ressemblent à de vrais coupe-gorges, ils permettent à certains de dissimuler leur peine et de s’essuyer les yeux incognito.
Je retrouve Cyril, courageusement resté jusqu’au bout de la cérémonie de clôture, sur le parking. On s’aurevoire, se promettant des futures rencontres et des jours meilleurs, bien meilleurs.

L’aéroport

Plus jamais je ne veux entendre des louanges sur la qualité de l’organisation « à l’alleumandeuh ! » Ce qui s’est passé à notre arrivée à l’aéroport repousse un peu plus les limites de la bêtise humaine.
D’un côté, nous avons un aéroport, celui de Koln, resté ouvert exprès pour nous. De l’autre, il y a nous, environ 3000 supporters déçus, fatigués, espérant monter au plus vite dans l’avion pour goutter à un peu de repos salvateur. Et au milieu, un seul et unique portique radar de sécurité.
Oui, un seul portique pour contrôler 3000 personnes. Avec environ 30 secondes par personne, le calcul est vite fait… Peu de gens passent, beaucoup s’entassent…
Après moult insultes en provençal principalement (paillassou, stassi, badole…), nos amis casques à pointes iront en ouvrir un autre, accélérant un tant soit peu le flux de personnes.
Je ne comprends pas pourquoi un tel manque d’organisation. On ne peut pas dire qu’ils étaient surpris de notre venue, puisqu’ils étaient restés ouverts rien que pour nous… Menfin !
Une fois de l’autre côté, on assaillira le café du coin, deux gus marchant à 300 à l’heure pour satisfaire des supporters exténués. J’ai eu le malheur de commander un café, je dois dire que c’est le plus mauvais jus de chaussette que je n’ai jamais goutté. M’enfin, passons

L’avion

Quel bonheur d’être assis dans un avion …
Oui, mais quand cela durera une plombe biscotte nous avons perdu un couple parti se fourvoyer ailleurs à cause des indications en chleuh des plus moins claires, c’est déjà moins marrant.
Une heure à attendre. Une heure durant laquelle je préparai ces quelques lignes, durant laquelle je demandai vainement de la flotte pour faire revivre l’espèce de semelle de tongue que j’avais dans ma bouche. Rien, que dalle « pas avant le décollach » m’a annoncé la mulâtresse en chemisette. Menfin, je ne renaudai pas, même quand elle apporta un verre à un gugus devant moi « pour médicaments » selon elle.
Une fois les moteurs en marche, il fallut attendre un long moment avant que l’avion ne dénia bouger le petit bout d’une aile. En effet, c’était un moteur diesel, et il fallait le faire chauffer une demi-plombe avant décollage.
Prévu pour partie à 2h30, on amorça la procédure de décollage vers 4h00. Et encore, je dis bien amorcer, parce que notre zinc effectua 14 fois le tour de l’aéroport avant de décoller, tant est si bien qu’à un moment on s’est demandé s’il ne nous faisait pas le trajet de retour en empruntant la nationale !
Mais bon, on décolla pour voir au loin Apollon sur son char tirant le soleil…
Vers 4h30, alors que dans le coucou ne subsistait d’éveiller que ma pomme et la dame non loin de moi que les ronflements de mon oncle empêchaient de dormir, nos amis de la compagnie Thomas Cook eurent la bonne idée de nous apporter un repas… Oui oui, à 4 plombes du mat » !
Tout le monde sera donc réveiller par les brutasses de service, qui nous servirent quoi ?
Je me le demande encore.
On m’a dit un jour que plus la compagnie Aérospatiale était puissante, plus la bouffe était dégueulasse…
Eh ben je ne savais pas que Thomas Cook était si puissant !

Le retour en principauté

Qu’il est calme le bus du retour…
Personne ne mouftera. En demi-sommeil, ou en totale béatitude, le silence sera de mise pour un bus à moitié vide emportant les derniers rescapés de cette aventure allemande.
Sur le parvis du Louis 2, je croiserai un dernier collègue que j’ai cherché en vain à Gueulesurlechicken. On se bonjoure, on s’aurevoire, se promettant des futures rencontres et des jours meilleurs, bien meilleurs.

La saison est finie, mais sûrement pas nos rêves. Et si nous rêvons assez fort, il se peut que la direction du club nous entende et bâtisse une équipe en relation à nos rêves…
Jusqu’à la prochaine rencontre avec grandes zoreilles !