Flash Back : [1991] Monaco — OM, CR From ze canapé !

Un petit coup sur le manche à brouzouf, on redescend la molette pour destination 13 000 pieds. Pif paf pouf… c’est parti !
Ziiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip ! Bong ! (je fais fi du « prout ! » consécutif aux flatulences de la mascotte, cassoulet, quand tu nous tiens…). Plaf ! Vlan ! Beuarp ! (on avait prévenu niveau vomi bag).

(Note de l’éditeur : Bon, c’est bien joli là, mais le concours d’onomatopée n’était pas forcément utile, alors abrége !) 

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Nous voici donc à tomme (comme diraient les Savoyards), dans l’arrière-pays mentonnais (comme la moutarde), avec mézigue, 10 ans, dans un pyjama une pièce Mickey Mouse, les cheveux en pétard (déjà), la brioche bedonnante (déjà…), assit sur un tapis qui a fait la guerre (la grande, celle de Poléon Pommier, avec l’Abbé Résina…), reluquant une télévision (déjà !!!), fonctionnant encore au gaz, qui reçoit via le râteau planté au milieu du jardin, des images en couleurs qui s’animent toutes seules. C’est beau.
Et à la télé, que voit-on ? Le président Mitterrand, debout, le regard de tueur fixe, les lèvres balbutiant l’hymne français, qui tente tant bien que mal de couvrir les inepties des deux commentateurs de la une, je ne te dis pas qui c’est, tu les connais déjà.
Les protagonistes du soir sont l’Olympique de Marseille et l’AS Monaco. Nous sommes le 8 juin 1991 et va bientôt débuter la finale de la coupe de France entre les deux grands rivaux du début des années 90, au sommet de leur rivalité.
Car cette année, l’OM est devenu le premier club français en finale de coupe d’Europe depuis lulure. Visant le triplé, ils se sont fait calmer à Bari par l’Étoile Rouge (de Vladimir Jugovic), le championnat étant déjà torché, il leur reste donc la coupe de France pour faire le doublé, qui selon certains, serait déjà dans la poche.
Oui parce que depuis un soir de mars, la cannebière à prit la Rothen (enfin, ça n’existait pas à l’époque, c’était juste un bon gros melon) après avoir éliminé le grand Milan AC, leur alter ego européen, celui qui domine et gagne tout, celui des Baresi, Gullit, Rijkaard. Depuis, l’OM toise tout le monde, il n’y en que pour l’OM… Avant le match, toute la presse était à Jouy-en-Josas, lieu de villégiature phocéenne, là où pas un chat ne vagabondait à la Clairefontaine où s’entraînait l’ASM. Donc l’OM a déjà gagné le match, et le coup d’envoi est sifflé.

D’un côté comme de l’autre la copie tactique est conforme à ce qui a été présenté pendant la saison, à savoir Ettori – Sonor, Petit, Mendy, Puel – Djorkaeff, Dib, Sauzée, Rui Barros – Weah, Fofana pour Monaco, et Olmeta – Amoros, Boli, Mozer, Casoni – Waddle, Fournier, Vercruysse, Germain, Pelé – Papin pour l’OM.
Et le gars ma pomme se trouve sur le tapis, jetant un œil à la télé, un œil dans mes petits Lego, parce qu’à 10 ans, le foot, c’est sur courant alternatif, difficile de rester scotché dessus 90 minutes à la file. Surtout que le match là, il est comment dirai-je…
OMMonacoActionHum, fermé ! Marseille tente de mettre en place son système de jeu offensif, oui, offensif malgré la présence de 7 joueurs à potentiel verrouillage, mais qui se bloque face à la disposition tactique monégasque, qui elle, en mode muraille, ne laissant que peu d’espace aux marseillais et se permettant même de développer quelques jolis mouvements tout en vitesse, notamment via Rui Barros.
Et à ce petit jeu là, c’est Monaco qui s’en sort plutôt pas mal. Marseille a souvent le ballon, mais ne l’exploite pas si bien. Abédi Pelé est tout un symbole de cette impuissance olympienne, passant son temps à se casser les dents sur Luc Sonor, royal de combativité (comme d’hab), et n’apportant rien au jeu de Marseille, lui d’habitude la rampe de lancement de la fusée Papin. La mi-temps se termine même sur une grosse occasion monégasque, ratée bien sûr, mais qui montre bien qu’à la pause des citrons, s’il y a une équipe qui mène aux points, c’est bien l’ASM, même si le score est vierge et que les occasions sont rares.

Fin de la pause des agrumes, et premier drame : ayant fini de construire la partie Nord du château que je projette de faire en petit Lego (châteaux qui sera ma tour de Babel personnelle, la main gauche ne s’entendant pas avec la main droite), je reconnecte mon mono neurone pré pubère sur la télé, et qu’entend je ? Le duo de comique balance tout de go qu’avec l’occasion gâchée par les rouges et blancs en fin de mi-temps, ils ont certainement laissé passer le coche, et que l’OM devrait revenir avec des intentions plus offensives en seconde période. Moi, n’écoutant que mon sang de minot qui ne met pas longtemps à faire le tour de ma petite cervelle, je prends ma tour fraîchement construite, et je la balance sur la télé… S’ensuit engueulade de mes géniteurs, crise de rire de mon tontoncle, crise de vessie de ma tante, mais là, c’est normal, c’est le 452e allé retour télé-chissuss depuis 45 minutes, et même crise de larmes de la part de mon très jeune moi-même : ma tour est cassée…
Enfin bréfle, on rate facile 15 minutes de jeu dans l’incartade. Pas bien grave, vu que rien n’a changé, on a pris les mêmes et on recommence : Marseille se casse les dents, et Monaco joue tous les coups à fond. Ah si, la seule chose qui a changé, c’est la rentrée de Stojkovic à la place de Fournier, soit un technicien offensif à la place d’un rugueux défensif. Cela ne change rien, mais alors rien…
Pendant ce temps, mini-ma-pomme fouille les poils angoras du tapis, à la recherche des tout petits morceaux perdus suite à l’impact Tourenlégo-Télé. Je suis tellement scotché au tapis que je ne vois pas que Wenger remplace Djorkaeff par Gérald Passi à l’heure de jeu. En fait, je me reconnecte qu’un peu plus tard, une fois que j’ai retrouvé le petit drapeau bleu qui trônait en haut de mon donjon, et alors que Diaz fait son entrée, à la place de Fofana.
Il reste un quart d’heure à jouer, les commentateurs trépignent, et l’OM se ramollit. D’ailleurs, c’est l’heure pour moi d’aller quémander auprès de mes ainés la question fatidique : Et si ya 0-0 à la fin, on fait quoi ? Prolongations, tirs aux buts ? Ah, le match suit son cours, mais pas de tirs aux buts, il sera à rejouer ultérieurement. Ok, ok je prends note.
Le match se continue, vaille que vaille, le scénario restant le même. On s’approche de la fin, quand enfin Monaco obtient une touche. Le ballon parvient à Gérald Passi, qui unedeuse avec Ramon Diaz, ET sur le deux, la gonfle lui revient sur le pied droit, et malgré le fait que de la droite il soit un peu gauche, il tente la frappe…
Un ange passe…
Lucarne !

Stupeur et joie ! Alors qu’on ne s’y attendait pas trop en fait, l’ASM ouvre le score, le Parc des Princes est silencieux comme une cathédrale vide, sauf la colonie de 3 000 supporters monégasques qui hurle sa joie à qui mieux mieux.
Mon premier réflexe c’est de chercher le chrono, on en est où, on fait quoi, va falloir tenir, comment que cela se passe ? Je stresse un peu, je n’y croyais pas tantu, maintenant j’y crois trop et la peur de la déception, tu connais hein, pomme ?… Pas le temps de trouver la trotteuse que l’arbitre siffle la fin du match ! Ô Joie !
Je ne sais pas ce qui a été le plus exaltant en moi à ce moment ? Le fait de gagner la coupe de France, où le fait d’avoir battu l’OM, le grand machin dont on nous rabâche les oreilles depuis un moment et qui déjà me sors par les yeux.

Jean Luc Ettori soulève la coupe, n’a pas l’affront de la bise au président. Il la lève bien haut, à ses côtés Franck Sauzée, l’ex-futur-ex Marseillais bien content de faire la nique à son ex-futur-ex employeur. Les joueurs monégasques sont doublement satisfaits, avoir gagner ce trophée qui est régulièrement monégasques depuis le début des années 80, et de l’avoir fait devant l’OM, qui les avait battus deux ans précédemment. Avec cela, la presse sera obligée de parler enfin de l’ASM.

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Ah, ma machine s’emballe… La batterie est faible… Merde, merd.. merd… Ziiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip ! PAF !