Flash Back : [1998] Monaco – Manchester, CR From inside!

Quoi, le presse-purée D78 en titane de plastique à décapsuleur micro alvéolé ? Il est dézingué du brouzouf à compacteur moléculaire ? Et ça se répare comment ça ? Difficilement… Et c’est grave ? Que tu ve… voulez-vous chère mascotte ? La clé de 12… OK. Dépêchez-vous, le lecteur va bientôt arriver… Ah, trop tard, il est déjà là.

Salut mon très cher lecteur. Comme tu le sais, la semaine prochaine, une partie de l’avenir de l’ASM en ligue Head&Shoulders va se jouer contre les perfidalbionnistes de Liverpool dans un duel qui sera forcément épique (et colégrame). Et tels matchs face aux fils de la grande Albion, Monaco en a un wagon de souvenirs, bons comme mauvais. Et un des meilleurs (avec celui de Chelsea l’an passé), c’est nul doute la double confrontation face aux Mancuniens en 1998. Et comme on est du genre à tout partager ici, notre chère mascotte répare notre désormais inconnue machine à remonter le temps pour te faire vivre en direct des tribunes cette double confrontation magistrale ! Accroche ta ceinture, open ze vomi bag, et c’est parti pour un nouveau voyage dans la space machine du remontage dans le temps… Ziiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip !

Nous voilà donc le 4 mars de l’an de grâce 1998. Il est à peu de choses prêt 18h00, et un type de 17 ans pré-Baccalauréat, les cheveux en pétard, le maillot Adidas de l’an passé sur le dos, le bouc naissant et l’haleine pas fraîche, arrive à pattes sur Fontvieille, avec la ferme (des célébrités) intention d’aller clapper le célébrissime combo du djeunz, à savoir l’éternel Big-Mac-Frite-Coca, parfait pour fermer l’appétence du gars beubeu avant le combat qui s’annonce contre les Albionniste du MUFC (à prononcer mufesseu).
J’arrive (parce que tu l’auras compris mon sagace lecteur, le gus mal coiffé, ce n’est autre que ton serviteur) en haut des escaliers qui descendent vers la terre promise. De là, j’ai une vue plongeante impeccable sur la place du centre commercial de Fontvieille, lieu de convergence des supporters qui se rendent by foot au match de foot. Mon regard se perd jusqu’aux abords mêmes du Stade. Et que vois-je ?
Une marée rouge, certes, c’est normal, mais rouge et noire. Des mancuniens, il en pousse de partout ! Et même sans maillot, on les reconnaît, car l’Albionniste, se distingue au premier coup d’œil, grâce à sa démarche, qui est inimitable. Quand tu les vois déambuler, tu les prends tous pour des gardes de la Queen en civil. Sauf là…
Parce que là, ils ont quitté leur île, et loin des bobbies, ils s’en donnent à cœur joie. La bière, elle se commande au litre, enfin, seulement une fois que les packs importés directement d’Albionnie ont été éclusés. Et vu leur descente, aucun pack ne fera le voyage de retour.
Ils sont massés en petits groupes, et chantent dès qu’ils aperçoivent un début de maillot monégasque. En gros, ils chantent presque tout le temps, ce qui explique leur ingurgitation massive de liquide alcoolisé à bulle, plus communément appeler bière.

Mais rien de tout cela n’arrive à me perturber, des descentes de supporter, j’en ai connu d’autre, et je descends les escaliers avec l’intention d’aller me réfugier à McDo. L’idée était belle, mais la réalisation compliquée. En effet, comme il y a des Anglais partout massés, pénétrer dans le restau à boustifaille amerloque est à peu près aussi aisé que d’escalader l’Everest à poil avec un cure-dent et un filet de pêche. Surtout que vu d’en haut, ce fesse tival de bières et de sangliers bouillis pouvait être sympathique, mais vu d’en bas, c’est toute une autre histoire. L’ambiance est lourde, très lourde. Car le British, il a beau avoir produit les Beatles, il n’en reste pas moins foutrement moyenâgeux de cœur et d’esprit.
À mon passage un groupe se met à chanter, voire même à me siffler. Putain, à 15 beurrés contre moi tout seul, va pas falloir que je joue au rigolo. Le service dit de « sécurité » fait plutôt relâche, et avec le degré éthylisme qu’il y a dans l’air, va falloir éviter de jeter un mégot ou un début d’étincelle. On connaît les Anglais, ils partent au quart de tour.
Je me faufile en vitesse jusqu’au McDo, y voyant un simili de havre de pet…

Une demi-plombe plus tard, je ressors de ma queue Donald, avec l’intention de rentrer dans le stade in ze plus brefs délais. La présence d’un plus grand nombre de maillots rouges et blancs est à peine plus rassurante, mais les Anglais sont toujours là, ils sont toujours plus beurrés les uns que les autres, et s’ils se mettent à partir en brioche, je me demande bien qui pourra les arrêter.
Fuck… eux, merde, un british ciarafu m’accoste. Il emboucane le houblon fermenté, il s’est peinturluré la gueule en rouge à la truelle pour ressembler une allumette géante à barbe. Dans un accent impitoyable d’Albionnie du Nord, il me questionne : « Are you English ? »… Un ange passe…
Je lui réponds en Français : « Non, mais je m’en voudrai de l’être », avant de mettre les adjas. Sans s’offusquer, il porte sa chopine à la bouche, et s’en cale une rasade, sans oublier d’en foutre la moitié à coter, qui dégouline le long de sa barbe.

L’ambiance est lourde, pesante. Si je n’ai pas encore le trouillomètre à zéro, on ne peut pas dire que je sois particulièrement à l’aise dans cette ambiance plutôt hostile. Car plus on s’approche du stade, et plus il y a d’anglais. Et plus il y a d’anglais… plus il y a d’anglais.
Ce soir-là, la légende retiendra deux choses : Que tous les fus de bières de Fontvieille furent asséchés dans l’après-midi par les Anglais débarqués en force, et que se fut probablement le seul match à Monaco où un semblant de peur était palpable aux abords du stade, d’habitude si sécurisante, si « tranquille ».

Menfin, j’arrive tant mal que bien dans le stade que je pénètre sans préliminaire, afin de gagner ma place où devrait me rejoindre mon paternel d’ici le coup d’envoi…

Enfin, perso, je m’en fou, la tribune a l’air calme, même si j’ai repéré ça et là quelques logos « sharp », et mon esprit précis, pointu, affûté à tôt fait de reconnaître les supporters Mancuniens, venus se taper l’incruste en dehors des places qui leur sont normalement réservées.
D’ailleurs, ont les voit bien les supporters Angliches, qui se lèvent et applaudissent à l’annonce de la composition de leur équipe, qui a une sacrée ganache : Schmeichel – G. Neuville, Johnsen, Berg, Irwin – Beckham, P. Neuville, Butt, Scholes – Cole, Sheringham.
Tu l’auras remarqué, mais ce Manchester-là se présente sans Éric Cantona, The King qui s’est déroitisé à la fin de saison dernière en prenant sa retraite. Moi, fan du King, ça m’embête un peu, j’eusse bien aimé voir The King face aux princes. Maintenant, avec le numéro 7, on a un petit jeune répondant au nom de David Beckham, un pied droit monstrueux à ce qu’il paraît.

Moi, je me lève uniquement à l’annonce de l’équipe monégasque, petit rocher qui tentera de résister aux assauts bouillis sauce à la menthe : Barthez – Konjic, Dumas, Léonard, Sagnol – Legwinski, Djetou, Benarbia, Collins – Ikpeba, Henry.
Cette équipe-là n’est pas ce que l’on appelle une équipe au talent monstrueux comme sa prédécesseuse demi-finaliste de l’UEFA (et favoris de la compétition à l’époque, vainqueur de la demi-finale, sauf pour un connard d’arbitre), mais elle compense par un esprit de combat formidable et inébranlable.
Mené 2-0 à la mi-temps face au Sporting Lisbonne dans un match importantissime pour la qualification, ils sont revenus grâce à Trezeguet, et surtout un doublé d’Henry qui marque le but de la victoire sur un tir de raccroc à la 90éme. Ce jour-là, jamais un joueur de foot n’a fait un tour de stade aussi rapide pour fêter un but.
Puis le match suivant re-belotte, face au Bayer Leverkusen. Les Teutons étaient à 2-0 à l’heure de jeu, quand en 15 minutes, Monaco revient du diable veau vert grâce à Pignol dans une forêt de jambe, et à Henry, qui refait le même plat du pied enroulé coin de surface lucarne que face aux Lusitains… comme une marque de fabrique.

Voilà, le match est lancé, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est aussi tendu que ne l’était l’avant match en dehors du stade. Certes le fort contingent anglais un peu partout en tribune n’aide pas à la relaxation, mais aussi, le match est cadenassé à double, voire triple tour. Il ne se passe pas grand-chose, les occasions ne sont pas dangereuses, les Anglais sont venus pour jouer le contre, et les Monégasques… aussi !
Impressionnant le bétonnage concocté par le père Tigana, à croire que l’on joue à l’extérieur. Les avants ont très peu de ballon à exploiter et la première mi-temps se résume à une bataille de tranchée au milieu de terrain. Et à ce petit jeu là, Djetou-Legwinsky-Collins vs Beckam-Butt-Scholes, le premier qui lâchera sera… ma vessie !
Oui, le méga coca ingurgité avant le match, précédé d’un Ice Tea pêche (mon péché mignon) et d’autres liquides aqueux que j’ai glouglouté durant l’après-midi demandent une vidange expresse. Mais fan jusqu’au bout, je ferme le robinet et attends la fin de la mi-temps (mauvaise idée). Et Dieu sait que tout est relatif, et donc 10 minutes quand tu as envie de pisser, c’est long, c’est trèèèèèèèèèèèèès long.
Au coup de sifflet du piaf à cartons, je m’éjecte de mon siège, et je me précipite tel un fennec en furie vers les bénitiers. Malheureusement, les supporters anglais n’ont pas attendu la pause pour aller purger l’eau du radiateur. Enfin bon, je pense que ce n’est pas qu’ils ne voulaient pas, mais ils ne pouvaient pas tenir bien longtemps, avec tout ce qu’ils ont ingurgité.
La queue pour les gogues est longue, tellement longue que je pense qu’elle doit bien faire une ou deux fois le tour du stade… au moins.
À la mi-temps, si tu cherches un anglais, ne te fatigue pas, ils sont aux cagadous.
Certains sont tellement pressés qu’ils ont déjà la braguette déboutonnée et le chichi dans la main, attendant que celui de devant libère sa place.
D’autres ne peuvent plus attendre, ils innovent donc, dans un goût et une délicatesse so british. Tu as déjà vu des gogues publiques ? Oui, je me doute. Il y a les trônes, par chez nous appelés les « vélodromes », où tu t’assois pour couler un marseillais, plus ou moins solide, plus ou moins marron. Et les pissotières contre le mur, d’un blanc immaculé bien pratique pour vidanger la vessie. Présentement, dans les gogues où je me trouve, il y a 5 pissotières. Et d’anglais qui pissent debout, j’en compte 1… 2… 3… 4… 5… … … 6… 7… 8… 9. Ce n’est pas qu’ils se partagent les bénitiers, non, l’Anglais est trop bien élevé pour penser à croiser les jets, il sait que cela ouvre une porte spaciaux cosmique qui propulse vers le dieu de la blague. Non, dans leur grande mansuétude, ils pissent contre le mur. Ce dans quoi je patauge présentement, ce n’est pas de la javel Lacroix pour désinfecter, mais bel et bien de la pisse d’anglais… Diable !
Mon envie de pisser étant plus forte que le dégoût qui s’empare de mon moi-même, je bouscule un type en maillot Sharp, et sur ce geste de brocu, je pénètre dans un trône. Le temps de faire pleurer le petit Jésus, de rajuster le futal tant mal que bien, de bousculer d’autres Anglais et de rejoindre ma place, et voilà que l’arbitre a déjà sifflé le début de la seconde période depuis 5 minutes déjà. Diable !

Ne t’inquiète pas mon cher lecteur, mais je n’ai rien raté. Pour tout te dire, de la seconde période, on peut pas dire que se fut total éclate le match. On s’est même un peu pelé le haricot sur les entournures par moment. Certes les équipes auront des occasions, de part et d’autre, mais ce fut bien timide. Le mot d’ordre sera NO PASSING… Et personne ne passera.

Et avec ce 0-0, Monaco ira jouer sa qualification en terres Albionne dans 15 jours. Qui a dit mission impossible ?