Une histoire de phœnix

Un phœnix, c’est un oiseau aux couleurs de feu dont la particularité est de renaître de ses cendres. Oiseau imaginaire, légendaire, donc (je précise, au cas où on m’accuserai de raconter des conneries). Récemment, on en a vu un dans Harry Potter, et ma génération se souvient du chevalier de bronze du phœnix, dans les chevaliers du zodiaque…

Bon, ça y est, le Jartagnan, il a atteint le point de non-retour, trop de totorre, trop le limoncello, trop de fromage qui pue et c’est la rondelle interne qui par en vire-vire, au lieu de parler football, il nous fait un cours d’horticulture façon contes de fée, roman de carpes et des pets à la sauce club Dorothée…
Que nenni mon cher lecteur, que nenni…
D’ailleurs tout cela rentre dans le cadre d’une logique des plus élémentaires.
Car dans la série « Que sont nos anciens joueurs devenus », après avoir parler des frasques d’un ex-gardien international de l’ASMonaco, nous allons nous attarder aux hauts faits d’un autre ex-gardien international de l’ASM, qui ne fait pas tant parler de lui dans la presse, faute à un club fort peu médiatique, et qui pourtant est le pilier des beaux résultats d’Ajaccio en cette fin de saison, car tu l’aura compris, le phœnix des hôtes de ces bois et cet article, ce n’est autre que Stéphane Porato.

Porato, formé à l’ASM par les plus grands (Ettori), prit sous la houlette des plus grands (Barthez), remplaçant de luxe, puis titulaire conspué avant de finir à l’écart, est parti cet été à Ajaccio, se refaire le plumage sous le beau soleil Corse, au son d’I Muvrini et des chants polyphoniques.
Le challenge n’était pas des plus évidents aux premiers abords.
Ajaccio était dernier du classement, sans une victoire, un jeu qui tardait à se mettre en place et une défense qui prenait la flotte.
Pour une équipe qui joue le titre, le joueur clé est celui qui plante le petit but qui permet de faire la différence et de gagner le match. Mais pour une équipe qui joue sa peau tous les week-ends, le joueur majeur est celui qui permet à l’équipe de rester en vie, qui entretient l’espoir. Ca sera un défenseur cadenassant l’attaque adverse, un récupérateur cassant le jeu rapide de l’adversaire, ou bien souvent un gardien repoussant tout, retardant l’échéance, écœurant l’avant centre d’en face.

Et c’est ce rôle là qu’endossera Stéphane en premier.
Le parfait exemple est lors du déplacement à Istres, la première victoire d’Ajaccio cette saison. Ajaccio marquera à la 25ème minute (sur sa seule occaz quasiment), et ensuite, ça sera Fort Knox, avec dans le rôle du mur infranchissable, notre Phœnix ressuscité. Non seulement il montrera à tout le monde que ses qualités sont réelles, mais qu’en plus, malgré ses périodes de disette, il a suffisamment travailler pour les conserver en l’état. Le mois d’octobre n’était pas encore entamé que certains supporters Ajacciens parlaient déjà de Stéphane comme la meilleure recrue de la saison.
Puis vint Rolland Courbis, ses méthodes, celles qui ont permis à Ajaccio d’accéder en Ligue 1. Courbis et Stéphane se sont déjà connu à l’époque où ils étaient tous les deux à l’OM, la dernière brillante saison des Olympiens d’ailleurs, second du championnat avec la meilleure défense, finaliste de la coupe de l’UEFA… De cette connaissance mutuelle, Courbis fera implicitement de Stéphane un de ses leaders, un guide pour la défense.
A ce sujet, anecdote étonnante, lors du match Ajaccio-Monaco, nous avons entendu Courbis plusieurs fois demander à Stéphane de parler un peu plus pour replacer la défense. Car si Porato plusieurs fois sur son site officiel (Consultable ici) parle sobrement à propos de certaines phases de jeu, du fait qu’« il a fait le travail », à savoir sortir un arrêt réflexe détonant pour permettre à son équipe de glaner quelques points bien important pour ne pas sombrer, Stéphane aura avec Courbis un autre travail bien plus important, à savoir devenir un véritable coordinateur de sa défense, afin de l’encourager et de l’aider sans cesse dans le replacement pour éviter qu’elle ne soit déborder.

C’est ce genre de « détail » qui est la véritable valeur ajoutée de Stéphane à Ajaccio. Si les matchs se gagnent ou se perdent sur des détails, un gardien de but de l’expérience de Porato (finaliste UEFA, champion de France, international français …), de par la grande communication qu’il a avec sa défense, permet de minimiser ces détails et permet à son équipe une plus grande solidité défensive. Le reste, c’est son travail sur la ligne, et ça, Porato le fait merveilleusement bien.

Car c’est là, la force d’Ajaccio, c’est sa solidité défensive. Une seule défaite à domicile cette saison (et encore, Porato n’était pas à Ajaccio à cette époque), nombreux sont les gros à s’être fait bousculer à François Coty, la faute à une défense solide, et à un gardien impeccable. Courbis a monté l’équipe morceau par morceau. Tout d’abord une grosse défense, afin de perdre un minimum de match, puis avec l’intégration progressive des brésiliens, l’attaque s’est mise en place. Maintenant Ajaccio est sorti de la zone de relégation, et encore une ou deux victoires, et l’équipe aura sauvée sa tête en ligue 1.

Et si c’est grâce aux buts de Lucas, d’Edson ou d’André Luiz qu’Ajaccio a engrangé les dernières victoires nécessaires à sa survie, l’homme de base de cette remontée et de ce probable sauvetage, ça sera sans nul doute Stéphane Porato, chef de file de la défense, homme providentiel qui a permit de conquérir des points essentiels.
Et, comble de la symbolique, le match détonateur de la remontée de la bande à Courbis, c’est la cinglante victoire à tome contre l’ASMonaco, cette ASMonaco qui n’a pas voulu croire au talent de Stéphane, qui tel un phœnix, renaît désormais de ses cendres sous d’autres cieux, des cieux qui cependant, sont aussi tintés de rouge et de blanc…