V pour Vendetta

Souviens-toi, souviens-toi… Souviens-toi de ce cinq de novembre. Souviens-toi de cette nuit où tout a basculé, où l’impossible était devenu une réalité accessible, où victoire, panache, spectacle et joie de jouer étaient réunis dans un même groupe, une même équipe, dans une âme qui nous a tous fait vibrer…

Bonsoir, Monaco.

Permettez-moi d’abord de m’excuser d’interrompre si violemment les programmes habituels des mousquetaires.
Je sais que beaucoup d’entre vous apprécient les conforts de la routine journalière, la sécurité du quotidien, la tranquillité de ce qui est familier. Je les apprécie autant que n’importe lequel d’entre vous. Et ne vous inquiétez pas, le compte rendu du derby niçois reviendra bien assez vite.

Assez souvent, la commémoration d’évènements importants du passé, souvent liés à la mort d’illustres personnages ou à la fin de quelques luttes sanglantes, est célébrée par de sympathiques congés. J’ai pensé que nous pourrions marquer ce cinquième jour de novembre, jour qui tristement n’est pas dans les calendriers chômés, comme un jour où nous pourrions prendre le temps de sortir de notre train-train quotidien, et de nous assoir pour discuter un peu entre nous. Discuter de ce fameux 5 de novembre 2003, de l’anniversaire de ce héros croate, mais aussi, de l’apogée d’une équipe aujourd’hui décadente.

Naturellement, certains ne voudront pas que nous discutions. Je sens déjà les téléphones portables qui s’ouvrent, les avocats qui balbutient, j’entends qu’on parle de blasphème, de calomnie, de diffamation, de fermeture de site…
Pourquoi ?
Parce que les mots ont aussi leur lot de puissance, et que cette puissance peut effrayer. Parce que les mots apportent une signification aux choses, et pour ceux qui veulent bien les écouter, offrent une certaine énonciation de la vérité.
La vérité parfois est sournoise, mais la vérité du passé permet de faire ressortir les éléments erronés du présent, et il y a énormément de choses erronées à l’ASMonaco actuellement, n’est-ce pas ?
Jeu appauvri, matchs ennuyeux, équipe au rabais et classement indigne.
Et là où vous aviez la liberté de venir au stade voir un beau spectacle et vibrer pour des couleurs qui se battaient pour la victoire, vous êtes maintenant soumis à arpenter un Louis 2 théâtre de pathétiques joutes, obligées de supporter un maillot fade, contraint à regarder le classement par le bas pour y trouver un nom familier.
Comment est-ce que ceci s’est produit ?
Qui est à blâmer ?
Certainement qu’il existe des gens plus responsables que d’autres, et ces personnes-là seront jugées selon leurs faits, ou plutôt, leurs méfaits. Cela dit, si vous recherchez un coupable, allez donc dans votre salle de bain pour seulement regarder dans votre miroir.
Oui, nous sommes tous responsables.

Mais je vous connais, qui aurait fait différemment à votre place ?
Après avoir touché les sommets, le spectre financier d’une chute rapide suivi d’un arrêt brutal hantait vos esprits, il y avait une myriade de problèmes qui ont conspiré pour corrompre votre raison et vous voler votre bon sens. Vous avez donc plongé vers le plus logique, vers le personnage maintenant en haut de la pyramide ASM, le seul réellement crédible pour redresser le navire, promettant un redressement financier et une réorganisation salutaire, en échange de votre consentement silencieux et obéissant.

Cette nuit, nous allons briser ce silence.
Cette nuit, nous allons rendre le pouvoir aux mots.
Il y a trois ans de cela, une grande équipe a souhaité inclure le cinquième jour de novembre pour toujours dans notre mémoire. Son espoir était de montrer que victoire, joie de jouer, spectacle, buts et vibrations étaient plus que des mots, mais une réalité, une perspective.
Si vous n’avez rien vu, si les résultats de l’ASMonaco vous semblent corrects, si les errements chroniques de notre direction demeurent des faits non significatifs, alors passez votre chemin, et oubliez ce 5 de novembre…

Mais si voyez ce que je vois, si vous sentez ce que je sens, si vous cherchez ce que je cherche, alors je vous demande de venir avec moi, et faire que dans un an à partir de ce soir, toute vilenie au sein de notre club soit éradiquée, que certains prennent sur eux l’importance de nos échecs, et sans se retirer, prennent un ou deux pas de recul bénéfique à tout le monde, que la vraie compétence soit placée à l’endroit où elle est la plus utile, que nos joueurs soient soutenus sans aucune retenue, de la première à la dernière minute des rencontres, car ce ne sont pas eux les principaux fautifs, que les « peignes culs » qui sifflent se rendent compte qu’ils sont plus fautifs que les autres, que le jugement tombe sur ceux qui ont trop poussé le bouchon en toute impunité, que l’âme de notre club soit remise à sa place, à savoir sur la verte pelouse, et non pas dans le gris glacial d’un coffre fort au fin fond d’une banque.

Et là nous rendrions au cinquième jour de novembre sa vraie valeur, celle d’un jour qui ne sera jamais oubliée.