Quand mon cœur bat pour une supportrice du PSG…

Les PSG Monaco ont toujours été des rencontres un peu spéciales, surtout au Parc, qui ne s’appelle pas des Princes pour rien. Mais ce soir, ce match aura une saveur toute particulière pour moi, car c’est mon premier match de foot avec celle qui hante mes pensées, papillonne mon estomac, fait battre mon cœur. C’est d’autant plus spécial que Parisienne de cœur, elle supportera le PSG coté parisien, là ou je supporterai l’ASM, coté monégasque.

Il est 16h10.
Nous arrivons devant le parcage visiteur. J’insiste une dernière fois pour l’embarquer coté rouge et blanc, mais cela sera en vain. Sa place est déjà réservée, elle sera coté parisien, à quelques mètres de moi, de l’autre coté du plexiglas. Elle attend une dizaine de minutes que des potes à moi me rejoignent, puis me quitte pour retrouver son siège.
Elle me manque déjà …

Courte attente dans une file de rouge et de blancs, longue et minutieuse fouille qui ne rivalisera certainement pas avec la douceur de ses caresses sur la nudité de ma peau, puis pénétration (sans vaseline) dans l’enceinte parisienne que nous espérons violer d’une nouvelle victoire monégasque.
Coup d’œil à ma droite.
Je ne la vois pas.
Mais mon portable sonne … C’est elle.
Quelques jets de main plus tard, je l’ai situé. Elle est vraiment tout tout prêt… mais pourtant, elle semble tellement loin derrière cette vitre de plastique.

J’entame ma ronde et les salutations auprès des gens que je connais, soit un bon quart des gus déjà présent dans le parcage (comment ça j’exagère ? Et encore, j’ai pas trouvé le groupe à l’étoile avec leur pull en l’Aisne), et prend place sur la gauche, un peu en hauteur, pour deux raisons :
-1- D’une part, c’est là que sont situés la mouette et ses potes, avec qui j’ai décidé de passer le match.
-2- D’autre part, j’ai une vue impeccable sur elle, qui n’a pas manqué de me repérer aussitôt que j’étais installé.

Les joueurs s’échauffent, et elle comme moi nous faisons chauffer le Nikkon pour prendre les joueurs en pleine préparation. Des SMS sont échangés histoire de n’avoir pour manque que le contact physique, le contact visuel et spirituel étant bien en place.
D’ailleurs, niveau connexion spirituelle viendra s’ajouter à la longue liste des choses que l’on a fait, dit ou pensé en même temps, un petit film fait des Lutèce Falco jetant des boulettes de papier … Intéressant hein ?
Les joueurs entrent sur la pelouse, les tifos sont lancés, le match début.
Mais là se pause une question existentielle : que vais-je regarde le plus ? Le match, ou ma muse en train de stresser ?

Un sms plus tard « Bon match ma chérie », et le stade vibre déjà. Givet concède un corner après avoir déjà été débordé sur son coté gauche, Rothen centre au premier poteau, et Diané propulse la gonfle au fond des filets !
Je la vois déjà sautiller de joie, moi je me crispe un peu, on est super mal parti, et une stat se vérifie encore : Quand Givet est à gauche, on encaisse des buts …
Je la regarde. Elle est contente. Elle me fait quelques petits signes genre on est nuls, c’est de bonne guerre, le match est encore long. Un petit SMS « pas trop deg ? » et le match reprend.
Rothen dégage sur la ligne une tête de Monsoreau, Monaco n’a pas abdiqué ?
Enfin si un peu, parce qu’on aura certes le ballon, mais avec le seul Piquionne devant, et avec un Gakpé complètement à coté de ses pumas, on sera pas du tout dangereux.
Bref c’est un peu l’emmerde en ce début de match, mon coté chante faiblement, assommé surement par le premier but, et je ne suis pas le seul à m’emmerder, je la vois, je la sens qui s’ennuie ferme toute seule … la pauvre !
Je la lâche pas des yeux. Elle non plus d’ailleurs, souvent je vois sa petite tête dépasser de la foule assise pour me jeter un regard. Elle est là, mais elle me manque.
Nouveau petit SMS : J’avais vu juste, elle se fait chier, mais comme Paris mène …
Le match se déroule, pas grand-chose à se mettre sous la dent, je sors quelques railleries histoire d’amuser la galerie, comme par exemple quand Pauletta, dit le Poulet des Açores, courre en vain dans le vide derrière un ballon, on peut très bien faire la comparaison avec Chicken Run …
Bref ça ne vole pas haut.
De son coté, c’est pareil, elle prend quelques photos, et adorable comme très souvent, elle prend soin de moi et me demande si je me les gèle pas trop.

Nouveau coup de semonce. Gallardo lance Diané par-dessus la défense, il s’emmêle les crayons avec Monsoreau, puis ça vire à la partie à trois avec Roma, et sur un malentendu, le ballon fini au fond …
« Pas trop deg ? » m’interroge ma mie en SMS ?
Si, complètement, mais on été trop loin, j’ai carrément pas vu comment fut marqué ce but… Pas grave, la dernière fois que je suis monté au parc, Monaco avait gagné 4-2 …
Le match se poursuit, et dans une action similaire, Diané, encore lui, se retrouve face à Roma, mais balance la boule dans le kop de Boulogne … « Heureusement qu’il est pas bon ! » me soulageais-je, tandis qu’elle en profite pour me railler « Presque 3-0 chéri… » Je vois de là son grand sourire, et j’ai l’estomac qui en crépite.

La mi-temps est presque sifflée, alors que les Monégasques sont complètement à coté de leur sujet, on a le ballon, oui, mais on sait pas quoi en faire … C’est lamentable et ça me soule.
Comme la communion spirituelle ne supporte aucune limite, même pas celle d’un machin en plexiglas, elle m’envoi un dernier message avant la mi-temps, lourd de promesses chargées de me remonter le moral : « Peu importe le résultat, ce soir, ça va être ta fête ! »
La mi-temps est sifflée là-dessus.

De concert, nous nous rejoignons derrière les plexiglas, où une ouverture nous permet d’échanger quelques paroles, et deux bisous aussi agréables que furtif. Elle s’en va vidanger, je m’en vais m’énerver à la buvette …

Je reviens à ma place, le match a déjà repris. Les deux changements que j’avais annoncés avant d’y aller se sont réalisés. Givet (qui rime avec Ultra mauvais) sort, remplacé par Dos Santos, et Gakpé (qui rime avec transparent à souhait), sort, remplacé par Koller.
Et là le match change de physionomie … Tout d’abord parce que ma muse a changé de place, qu’elle me le signale par SMS, mais je la vois pas … ya trop de monde autour, c’est relou.
Ensuite parce qu’avec un attaquant de plus devant, les débats s’équilibrent, Monaco pousse, et Paris plis … Plasil allume le premier pétard alors que je cherche toujours ma belle…
Puis sur le corner, je lui sms de se mettre plus bas … Elle acquiesce …
Pendant ce temps là, Piquionne récupère le ballon suite à un cafouillage, et s’en fait pas prier pour le catapulter au fond …
2-1, tout est relancé désormais.
Je la vois désormais. Elle est debout, elle le restera tout le long de la seconde mi temps, et elle stresse …

D’autant plus que Meriem donne le tournis à tout le monde, il part du milieu du terrain, dribble un parisien, deux parisiens, rentre dans la surface, efface un adversaire, et allume une pastèque ! Babaaaaan !
Sur la transversale. Le ballon rebondit devant la cage, puis est évacué en catastrophe. Etait il dedans ? Le ralenti nous montrera que oui, mais cela ne change rien … Monaco vient de laisser passer une première chance.
Car ensuite, Paris stressera, Paris aura chaud, mais Paris tiendra.
Ma mie aussi aura grave chaud, priant pour que ses favoris très mal en point puissent se reprendre et ne pas concédé ce second but qui sonnerai un terrible glas.
Son stresse, je pourrais presque le toucher quand Pino, fraichement rentré, donnera le tournis aux parisiens avant de se faire sécher par Armand en pleine surface. Peno pour Pino, indiscutable.
Mais sur le coup, c’est moi qui stresse… Elle sautille, serre les poings, espère.
Moi je crains, crains que Piquionne oublie qu’en face, c’est un excellent arréteur de pénalty.
Et ben il l’oubliera… La foule est en délire, ma chérie fait des bonds de 15 mètres, et moi je peste… Monaco vient de laisser passer sa seconde et dernière chance …

Car ensuite, les Parisiens vont se réveiller. Gallardo marquera sur coup franc, bien aidé par Koller qui gène Roma de façon pittoresque.
Puis Rodriguez assassinera Roma après une offrande de Bolivar qui s’est emmêlé les crayons pour dégager un ballon chaud.
La messe est dite, le Parc est en feu, et le fauteuil de ma muse se met à pleurer… En effet, il n’a pas pu avoir le doux contact avec son joli postérieur de la seconde mi-temps. Elle est resté tout le temps debout, à prendre des photos, à sautiller, à stresser …
Je la regarde, je ne cesse de la regarder, si bien que je raterai le but de Koller, qui mine de rien, continue son petit bonhomme de michelin vers les 10 buts promis cette saison …

L’arbitre siffla la fin du match. 4-2, défaite de mon club, victoire du sien. Le club de mon cœur repart amer, pourtant mon cœur ne l’étais pas, je l’ai vu sautillante, je l’ai vu souriante … Je l’ai vue heureuse…
Et de la voir heureuse fait quelque part mon bonheur à moi.
L’attente pour sortir sera longue. Mon esprit continuellement tourné vers elle, constatera la chance que d’avoir ce petit grain de foot coincé dans l’intensité de notre relation. Je supporte l’ASM depuis quasiment 20 ans, elle, elle n’a pas attendu que Deschamps soulève la croûte du monde pour s’intéresser au ballon rond, elle ne supporte pas le PSG pour les plumes de Pauletta, la mèche folle de Rothen ou la fesse droite d’Armand. Elle sait qui est Raï, et comprend ce qu’est un hors jeu.
J’ai beau avoir mille et une excuses pour la défaite de l’ASM, trop de vent, pas assez, la pluie était trop humide, l’herbe pas assez verte, et un grand sac de railleries pour détourner la conversation, cela ne sera d’aucune utilité.

Car le football entre nous ne sera jamais source de débats houleux. J’admets la défaite des miens car je sais que dès le prochain match, ils auront le plus beau des soutiens : le sien. Tout comme je retournerai bien au Parc cette saison ou la prochaine pour aider la tour Eiffel à rester en L1, pour elle, pour pouvoir à nouveau vivre d’autres matchs comme cela dans le futur.
On sort enfin.
Je la retrouve souriante, comme toujours.

Et c’est main dans la main sous les étoiles que la supportrice du PSG et le supporter monégasque s’éloignent du Parc des Princes.
Certes il y a un perdant et un gagnant, mais le match de ce soir aura assurément fait deux gens heureux…
Et malgré le froid hivernal qui s’abat sur la capitale …
La nuit sera chaude !