Le repas de la dernière chance …

L’ASM est dans le doute, c’est certain. Mais pour resserrer les rangs et faire en sorte que le club passe pour autre chose que pour de la kaamelott, le Prince Albert himself a organisé une petite sauterie dans son jardin personnel, avec toute l’équipe, les jeunes, les vieux, le staff, les dirigeants, le comptable et la standardiste… Au menu, grosses discutions, et tranches de gigot …

ALBERT : Messieurs, si je vous ai convié ici à ce frugal banquet, c’est pour recadrer certaines choses. L’équipe va mal. Je parle pas des 5 derniers matchs qui vous ont permis d’égaler le record de la plus longue série de défaite du club depuis 25 ans, mais je parle du club en général, que vous avez propulsé de façon magistrale de la grandeur d’une finale de ligue des champions à la froideur du ventre mou du championnat de France. Mais du passé, faisons table en marbre, nous sommes ici pour discuter, pour cerner les points qui ne vont pas, et je suis là pour vous aider à prendre les décisions qu’il faut prendre afin de faire en sorte que la cuvette des wc arrête de déborder. C’est tous ensemble que nous allons manger ce frugal gigot concocté par mes gens, et c’est tous ensemble que nous allons relever la tête et celle du club. Il faut s’unir tous pour combattre l’adversité, il faut s’unir, et le vent finira par tourner !
BERTHOD : Pour savoir s’il va y avoir du vent, il faut mettre son doigt dans le cul du coq !!!

(entrée des entrées)

ALBERT : Et vous monsieur Menez, vous avez marquez combien de buts ?
MENEZ : Euh, trois m’sieur !
PIQUIONNE : Trois buts ??!! Tu as fais comment ?
MENEZ : Facile, moi, j’ai une tactique imparable.
RICARDO : Je sais pas ce qui me chiffonne le plus, si c’est le fait que tu ai une tactique, ou plutot qu’elle soit du genre imparable …
MENEZ : Alors, c’est simple tu vois. Je pénètre les surfaces adverses de manière subrogative, en tapinant.
ETTORI : En tapinois !
MODESTO : en faisant la pute quoi …
MENEZ : Et là, clac, un ballon qui traine, c’est pour moi …
PIQUIONNE : Et tu marques d’un coup de bas résille, c’est ça ?
MENEZ : L’inconvénient, c’est que des ballons qui trainent, j’en vois pas passer souvent. C’est les milieux, ça, ils font de la rédaction !
PIQUIONNE : De la rétention, banane !
MENEZ : Oui, ça marche aussi ça …
ALBERT : Mais vous monsieur Piquionne, vous vous gaussez, mais combien avez-vous marqué de buts ?
PIQUIONNE : Ah non monsieur le sire, vous savez, j’ai beau avoir été le meilleur buteur du mois d’Aout, je vais pas m’en vanter, je suis quelqu’un qui a beaucoup d’ubiquité
ETTORI : Ubiquité ? Manquerait plus que tu sois deux !
PIQUIONNE : Ben quoi, je prends des leçons de tirs à la fin des entrainements, c’est que j’ai de l’ubiquité !
BOLIVAR : Abruti, de l’humilité !
MENEZ : Ah ! J’ai compris ! Quand je sors de la douche et que je suis encore un peu mouillé, ça veut dire qu’il faut que j’aille m’entrainer aux tirs !!!

(les entrées sortent, et le gigot d’agneau…)

ALBERT : Donc le problème de cette équipe actuellement, il est où ?
PASTOR : Vous avez dit en introduction qu’on parlerait des problèmes depuis le début !
ALBERT : Oui, non mais là, c’est maintenant que je veux parler, vous savez, les 5 défaites, le fond de jeu
MODESTO : Il est excellent !
RICARDO : T’es un comique toi, pas foutu de faire deux passes d’affilées !
MODESTO : Ah parce qu’on parlait foot là ? Moi je parlais du fond de sauce du gigot !
PASTOR : De toute façon, moi je suis là pour parler du global, pas du présent …
ALBERT : (à Modesto) Alors vous, vous mangez, et vous nous foutez la paix. (à Pastor) Et vous, vous la fermez un peu aussi, j’aimerai parler à des professionnels. (à Ettori) Alors, le problème, il vient d’où ?
BRIANTI : Après 4 ans, je pense qu’on peut légitimement se considérer comme des professionnels moi je trouve …
ALBERT : Vous vous étonnerez pas si vous ressentez légitimement une vive douleur sur le sommet du crâne. C’est surement que vous aurez pris le plat à gigot dans la tronche !
ETTORI : Le problème vient de l’attaque, faut être plus réaliste … On marque pas assez vite …
GAKPE : Moi je sais d’où vient le problème. C’est facile, il suffirait de mettre des grelots dans le ballon, comme ça on marquera bien plus de buts !
ALBERT : Des grelots ??
GAKPE : Oui, quelque chose qui fait du bruit quoi, pour qu’on l’entende mieux, surtout sur les centres.
RICARDO : Tu y vas jamais sur les centres !
GAKPE : Mais c’est pour ça, je sais jamais où qu’il est le ballon, je l’entend pas ! Et comme je sais pas où qu’il est, je saute pas … Car pour bien sauter, il faut que le ballon il soit équidistant entre moi et le centreur …
ETTORI : Mais tu es sûr de ce que tu racontes ?
GAKPE : Maintenant, faudrait bien se mettre d’accord avec le centreur, pour qu’il me dise le volume sonore des grelots … Il faut que ça soit réciproque !
ALBERT : Equidistant ?
GAKPE : Ben si, si c’est l’même volume sonore, on dit « équidistant ». Si le centreur est équidistant en même temps que moi, je peux repérer le ballon par rapport à une certaine distance. Si le ballon s’éloigne, on s’ra équidistant, mais ça s’ra vachement moins précis et… et pas réciproque. Et là, c’est plus chaud pour marquer le but quoi …
MENEZ : Et puis c’est vachement dur de marquer, des fois, les cages, foufff, ça me fou les boules.
PIQUIONNE : Rien que le terme cage là, ça fait prison, c’est flippant. On est pas des esclaves non plus …
GAKPE : Et le coin là, sur les cotés en haut,
ETTORI : La lucarne …
GAKPE : Ca fait comme une pointe, moi je m’approche pas, on sait jamais ce qu’il peut arriver.
MENEZ : Le problème avec la lucarne, c’est qu’elle est péremptoire avec le poteau, et quand on tire, c’est gênant.
ALBERT : Péremptoire ?
GAKPE : Oui, la barre est péremptoire par rapport à l’axe des poteaux
ETTORI : Perpendiculaire ?
MENEZ : Attention, nous on parle du croisement des axes
GAKPE : Non, mais perpendiculaire ca marche aussi …
RICARDO : La barre, elle est parallèle au sol. Les poteaux, ils sont perpendiculaires à la barre et au sol. Et si je vous dis que vous êtes deux glands, là, vous avez du péremptoire. Mais c’est vous qui voyez.
MERIEM : Cela dit, il est très rapide !
PIQUIONNE : Qui ça ?
GAKPE : Ben Menez !
MENEZ : Koller ?
PEREZ : Grut !
KOLLER : Quoi ça ?
ETTORI : Non, moi je crois qu’il faut qu’vous arrêtiez d’essayer de dire des trucs. Ça vous fatigue, déjà, et pour les autres, vous vous rendez pas compte de ce que c’est. Moi quand vous faites ça, ça me fout une angoisse… Je pourrais vous tuer, je crois. De chagrin, hein ! J’vous jure c’est pas bien. Il faut plus que vous parliez avec des gens.
GAKPE : Mais de toute façon, pour marquer plus, faut nous aligner, moi et Jerem’, en attaque !
RICARDO : Perso, je ne pense pas que deux trous-du-cul soient plus efficaces qu’un seul !

(Le gigot s’en va, place aux fromages)

NENE : Sire, Sire ! On en a gros !
ALBERT : Plais t’il ?
NENE : Oui Sire, on en a gros !
ADRIANO : Oui Sire, on aimerait être enfin considéré en tant que tel !
ALBERT : Comment ?
NENE : Comment, comment ?
ALBERT : Vous considérer en tant que … ? J’ai pas compris.
ADRIANO : Ben, nous considérer en tant qu’tel !
ETTORI (impatient) : En tant que tel quoi ?
ADRIANO : Oui Sire, c’est pas parce qu’on est des brésiliens qu’il faut qu’on soit trop souvent victime des colifichets. Quand même, c’est pas normal!
RICARDO : J’ai beau être brésilien aussi, putain la vache ! Je comprend pas un mot de c’que vous racontez!
ALBERT : Allez-y! Excusez-moi, reprenez depuis le début, j’vous écoute.
NENE : J’vous disais qu’on étais victime des colifichets et qui faudrait qu’on commence à nous considérer en tant qu’tel.
RICARDO / ALBERT / ETTORI : (Silence navré).
ADRIANO : C’est pas clair, c’est ça?
ALBERT : Non, mais je sens bien que vous essayez de me dire quelque chose, mais c’est de vous, la phrase, ou vous l’avez entendu quelque part ? « Colifichet » par exemple, qu’est-ce-que…, qu’est-ce-que c’est pour vous? Comment ça se…comment vous vous le représentez, « colifichet »?
NENE : Ben, comment dire…euh… »colifichet » c’est quelqu’un qui…
RICARDO (agacé) : Non! Déjà non. Je suis désolé, pas du tout.
NENE : …Quelqu’un qui dit du mal d’une personne.
ETTORI : Non! Mais non! C’est pas ça!
ADRIANO : Comment on dit alors?
RICARDO (très agacé) : Comment on dit quoi? Putain! Non, ça y est j’en ai marre là…
ADRIANO : « Une personne qui dit du mal d’une personne » qui commence par « coli »?
BOLIVAR : J’ai ! J’ai ! On dit pas « espèce de colibri » !
ALBERT : Si si on le dit.
NENE : Donc voilà, Sire, on est trop souvent victimes des colibris !
ETTORI : Un colibri, c’est quelqu’un qui oubli toujours tout …
BOLIVAR : C’est pas ça ?
NENE : Euh … De toute façon, on en a gros !
ADRIANNO : Donc, pour résumer, on est souvent victime des colibris, sous-entendu des types qu’oublient toujours tout, euh, non… Bref, tout ça pour dire, que je voudrais bien qu’on nous considère en tant que tel.
ALBERT : Putain mais c’est quoi cette équipe de glands ? Entre l’attaque qui trouve la lucarne péremptoire et la défense qui est victime des colibris, on va où là ?
PINO (brandissant sa cuillère à dessert) : Couilléééééééééééééééééére !!!! AHAHAHA !! (prout)
RICARDO : Ah voilà, manquait plus que ça. Vla que Rémi sans famille se réveille !
ETTORI : (à genoux devant le Prince) : Monseigneur, je me suis voué tout entier à la noble quête dont vous m’honorâtes. Ce club, il me tient tellement à coeur … Mais avec l’équipe de romanos que je me promène, c’est loin d’être facile !
BRIANTI : Ouai ça va le fayot, arréte de geindre.
ALBERT : … (soupir d’impatience)
PASTOR : Je vous l’avez dit, nous sommes en construction Sire, c’est comme pour le bâtiment, les délais sont toujours plus long que prévu. Alors forcément, difficile de gagner quelque chose pour l’instant …
ALBERT (fou de rage, hurlant sur Pastor & Brianti) : Même tout nu et sur un seul pied, je gagnerai toujours cent fois plus de matchs que vous et votre risible compagnie de crétins !

(Personne n’a donc touché au fromage … s’en vient le dessert)

ALBERT (prenant Brianti et Pastor par les épaules) : Bon, je gueule là maintenant, c’est vrai, je m’emporte, je suis un peu sec. Mais pour quelqu’un comme moi qui ai facilement tendance à la dépression, c’est très important ce que vous faites. Non, c’est vrai. Je sais pas comment vous dire, mais ce que vous faites, les décisions que vous prenez, c’est systématiquement débile, mais c’est toujours inattendu. Et ça c’est très important pour la santé du cigare. Très très très important. (regardant Ricardo) Quand à vous, comment vous comptez nous le gagner le prochain match ?
RICARDO : J’y ai penser, on va mettre en place une nouvelle technique : on passe pour des cons, les autres se marrent, et on frappe. C’est nouveau.
ALBERT : Mais y’en a beaucoup d’équipes qui fonctionnent comme cela ?
RICARDO : Ah non, ça c’est que nous. Parce qu’il faut être capable de passer pour des cons en un temps record. Ah non, là-dessus on a une avance considérable.
ALBERT : (soupir) C’est révolutionnaire c’est ça ? (en s’éloignant …) Heureusement qu’on a aucune dignité… sinon on serait bien dans la merde..