Interview de Fred Piquionne en traduction simultanée

Lancé à la grande époque de Pierre Svara, le service « rectificatif » des mousquetaires peut se vanter d’avoir traduit pour le commun des mortels quelques documents footballistiques opaques et autres interviews en chêne massif. Et après le transfert de Rothen ou un discours d’Aulas, c’est Fred Piquionne qui a nécessité tout notre savoir-faire

Piquionne : « Je n’ai pas répondu aux espoirs » (Nice-Matin d’hier)
« Cela dit, à 30 balais, ça s’appelle plutôt l’équipe de France A’, ou l’équipe de France B ou Z vu le niveau des deux derniers mois… saisons »

Alors qu’il essuie actuellement de nombreuses critiques, Frédéric Piquionne s’est confié à Nice-Matin. L’attaquant monégasque, dont les statistiques sont en chute libre, ne mâche pas ses mots, et émet quelques critiques, notamment vers Ricardo : « on ne se parle pas beaucoup », « on ne travaille pas assez les automatismes à l’entraînement. Certains ne jouent pas à leurs postes, c’est aussi plus difficile pour eux ! »

Comme il l’avait déjà fait à Rennes ou St Etienne, Piquionne s’adonne à un épanchement massif dans la presse afin de se justifier. Là il s’agit de répondre aux critiques sur la piètre qualité de son jeu. Et au lieu de fournir quelques excuses vaseuses, il préfère tenter de détourner les tirs vers les choix de son entraineur Ricardo.

S’il ne se dit pas résigné, une pointe d’abattement est néanmoins perceptible ; Piquionne va même jusqu’au paradoxe dénonçant un excès d’individualisme, mais avouant que ses objectifs sont de battre son record personnel de buts… Un discours moins aseptisé qui tranche avec les déclarations des dernières semaines.

Piquionne veut tout et son contraire. Heureusement que nous sommes là pour traduire et essayé de rétablir la vérité cachée derrière cet agaçant trop-plein de parole. Après des mois dans le mensonge, l’Esclave nous montre enfin sa vraie nature...

Après son nul face à Valenciennes (0-0), Monaco est-il rassuré ?
Non, on a pris un point, mais on n’est pas rassuré. On a perdu trop de points à domicile et ça continue !

On est nuls chez nous, on n’a pas envie de trop transpirer, car après faut se doucher et ça nous fait perdre du temps pour aller en boite.

Le 6-0 encaissé face à Bordeaux était-il encore dans les têtes ?
On ne développe pas de jeu — c’est le cas depuis le début de la saison — surtout en première mi-temps, on était trop timoré. La raclée (sic) de Bordeaux reste et restera toujours dans les têtes. Surtout face aux grosses équipes.

On s’en fout de jouer. Et puis c’est dur en première mi-temps, surtout comme ça au saut du lit. La branlée contre Bordeaux, qu’est ce que tu crois ? Le coach nous a interdits de Karrement après le match, bien sûr qu’on a été marqué ce soir-là ! Le pire, c’est qu’avec notre équipe de chèvre, on risque de prendre encore des claques contre les autres grosses équipes

Sur ce point, vous allez être servis…
C’est vrai, nous sommes gâtés avec le déplacement à Nancy et la réception de Lyon. Nancy reste sur des résultats pas très positifs, les Lorrains vont vouloir absolument gagner chez eux. À nous donc de jouer comme à Paris et ramener un nul serait très positif.

Nancy n’est pas top, mais comme on ne veut pas donner trop sur le terrain on essayera juste de faire semblant d’être impliqués et d’arracher un match nul, comme à Paris !

Les problèmes de Monaco au Louis-II ?
On ne produit pas de jeu. À l’extérieur, on n’est pas obligé de le faire. Il ne faut pas se voiler la face, il faudrait jouer le contre à domicile.

À l’extérieur, on peut se contenter de marcher, d’attendre, et de placer un contre. À Monaco, on est obligé de courir, c’est plus dur. J’aimerai aussi rester à attendre, marcher, et placer un contre, c’est comme ça qu’il faudrait jouer à la maison.

Les difficultés à produire le jeu ?
On manque d’automatismes. Chaque match est aligné une équipe différente, par les choix du coach ou les blessures. Nous n’avons pas d’équipe type ! Nous n’avons pas de système ni de fond de jeu qui se dégagent.

Le coach est nul, pas foutu de faire une composition d’équipe correcte de toute façon… Même moi à PES je ferai mieux, c’est dire…

Vous êtes critiqué en ce moment…

C’est un peu difficile. Je suis critiqué, car je ne marque pas. Mais il faut réaliser que je suis la dernière roue du carrosse (sic) ! Je ne reçois pas les ballons dans de bonnes conditions. Nous marquons sur des exploits individuels ou des coups de pied arrêtés, pas sur des actions développées. Les autres équipes jouent pour leurs attaquants. Ici, c’est différent !

C’est difficile parce que j’en glande pas une. Mais il faut quand même constater que je ne suis qu’un esclave, et que je suis entouré de fiffrolos égoïstes et personnels pas foutus de donner des ballons corrects. Ça ne sert à rien de se bouger si on n’a pas des ballons dans un fauteuil comme c’est le cas dans les autres équipes.

Êtes-vous résigné ?
Non, ça fait partie du foot, j’ai été sifflé à Rennes, à Saint-Étienne, j’ai toujours relevé la tête. Comme j’ai toujours mouillé le maillot. Je sais que je vais y arriver…

Non, de toute façon, j’ai mon gros chèque en fin de mois, ce n’est pas grave. Et comme toujours, au pire, je partirai en conflit avec tout le monde pour me barrer de là. Je sais que je peux y arriver…

Avez-vous parlé de tout cela avec Ricardo ?
Non, on ne se parle pas beaucoup. C’est comme ça. Nous avons dû discuter que deux ou trois fois dans l’année, c’est tout !

Moi parler avec ce mec ? Vous me prenez pour qui, qu’il soit déjà content si je viens aux entrainements… manquerait plus que je lui parle tiens !

Et avec vos coéquipiers ?
On parle très souvent entre nous. Mais on n’arrive pas à retranscrire tout ça en match. Et on ne travaille pas assez les automatismes à l’entraînement. Certains ne jouent pas à leurs postes, c’est aussi plus difficile pour eux !

On est en train de comploter dans le dos de l’entraineur pour le faire virer. Certains ont appelé Marco Simone pour lui demander quelques conseils. Ça va être vite vu puisqu’il ne fait jouer personne à son poste…

Des regrets d’avoir signé à Monaco ?
Je ne regrette jamais mes choix. C’est un grand club, une autre dimension. Mais il y a beaucoup d’individualisme ici. C’est ce qui pêche. On ne voit pas ça dans les autres formations.

Non, vu mon salaire mensuel, je ne peux pas regretter, c’est une autre dimension que ma maigre pitance stéphanoise. Sauf qu’ici, je suis l’esclave de l’égoïsme de mes « coéquipiers », chose qu’il n’y a pas ailleurs. D’ailleurs, moi, à la place de Pauletta, je serai déjà à 15 buts… minimum !

Vos objectifs ?
Battre mon record de buts qui est de onze. Il m’en manque cinq. Et que l’ASM finisse dans les cinq ou six premiers.

Plonger dans la surface pour avoir des pénaltys et battre mon record de but. À partir de là, Domenech m’appellera en équipe de France, et je pourrais vite partir de cette formation minable

L’équipe de France ?
Elle reste dans un coin de ma tête. Mais il faut que je sois davantage performant. Sans me poser de questions. Être moi-même, comme lorsque je suis arrivé. Nous étions 15es ou 16es, il fallait réagir. Là il y a une autre mentalité, d’autres comportements. Il faut se mettre dans la tête qu’il nous reste onze matchs, onze finales !

Je veux y être, j’en ai le talent et l’ambition. Mais comment briller si tes coéquipiers sont des tanches ?

On sent que vous vivez mal cette saison…
On attendait mieux de moi. Je n’ai pas répondu aux espoirs. Et comme je suis quelqu’un de bon, de généreux, ça me pèse par rapport au club. Je me bats tout le temps, à chaque sortie en espérant que ça bascule de mon côté.

Heureusement que je suis là pour mettre le club sur des bons rails ! Sans moi il serait à ramasser à la petite cuiller en L2…

Envisagez-vous de partir ?
Ce n’est pas d’actualité. Je suis sous contrat et je ne me pose pas de questions, on verra en fin de saison. Mais j’ai 29-30 ans, je ne suis pas un garçon d’avenir comme Bakar ou Gakpé. En attendant, il nous reste onze matchs et il nous faudrait au moins cinq victoires…

Bah oui Duchmol ! Mon agent est en train de prospecter un peu partout pour pouvoir gagner plus ailleurs. Je suis un vieil esclave, je pense avoir mérité une belle grosse retraite… Je laisse donc les efforts aux petits jeunes.

Capture d’écran 2013-10-05 à 09.42.55