Nous nous sommes tant aimés

Pour des raisons d’organisation, cette lettre a été écrite avec quelques mois d’avance, histoire de ne pas se retrouver pris au dépourvu le jour où…

Bonjour mon amour,

Je sais qu’il est trop tard, mais je t’écris quand même cette lettre. Tu sais, l’amour rend aveugle parfois, et je n’ai pas vu de suite que tu allais si mal. Aujourd’hui tu n’es plus là, mais je tenais toutefois à te rendre hommage car nous nous sommes tant aimés. Alors oui, tu montrais des signes de faiblesse, tu perdais la tête, les jambes ne suivaient pas, mais quand on a montré tellement de forces quelques années auparavant, on pense toujours qu’on va s’en sortir…

Pourtant, j’aurais dû voir que tu étais si mal en point. On a essayé plusieurs traitements, plus ou moins radicaux et, à chaque fois, je pensais que tu reprendrais du poil de la bête. Mais les choses ne faisaient qu’empirer. Et ces médecins qui nous mentaient… Pour dire, ils ne t’auscultaient même pas et se disaient qu’avec un tel nom, tu t’en sortirais toujours. Nous nous sommes tant aimés que malgré nos faibles moyens, on voulait s’en sortir ensemble. Pourtant, force est de constater qu’on aurait dû te laisser avec d’autres qui eux, auraient su quoi faire. Et même s’ils n’avaient pas réussi, on aurait prolongé ta vie de quelques années. Mais ton tuteur légal préférait te voir veillée par ses amis que sauvée par des étrangers.

Que vont dire mes enfants maintenant ? Comment leur faire croire que tu étais si belle dans tes habits de Princesse et si forte que tu suscitais envie et jalousie dans toute la France et même en Europe ? Mais voilà, quand la tête ne va pas, plus rien ne va. Tu as commencé à avoir les idées troubles, à ne penser qu’au lendemain sans te projeter plus loin, à manquer sérieusement de discernement dans tes choix pour finir par ne prendre que les mauvaises décisions. Mais cela passait et j’étais toujours à tes côtés car nous nous aimions tant.

Et de toute façon, moi, qu’aurais-je pu faire ? Tu étais malade, je le savais, tu étais mourante, je ne voulais pas m’y résoudre. Je suis resté à tes côtés jusqu’à ton dernier souffle, espérant toujours qu’on trouverait une solution et qu’enfin, tu retrouves un peu de dignité. Car c’est peut-être cela le plus dur : tu es morte dans l’indifférence… Ceux qui t’aimaient ont fini par partir, ceux qui te jalousaient ont fini par se moquer, ceux qui te supportaient ont fini par s’éloigner. Et puis il y a ceux comme moi… Ceux qui ont grandi avec toi, qui d’une certaine manière se sont investis à tes côtés, t’ont défendu, t’ont aimé parfois même au point de te haïr. Là, tu nous laisses tout seuls. Abandonnés, on t’a tant aimé qu’on ne pourra pas aimer autant en allant voir ailleurs.

Alors voilà. Maintenant que tu n’es plus là, qu’il ne nous reste plus que des souvenirs et des belles histoires à raconter sur toi, je te rends cet hommage. Tu étais la fierté d’une ville, d’un pays, d’un peuple, et aujourd’hui tu n’existes plus. Maintenant, pour voir l’AS Monaco jouer au foot, on doit se contenter de matchs de PH le dimanche après-midi. Mais ce n’est pas grave. Pour ton souvenir, on y va, et, alors, on pense à toi…