Il était une fois, un supporter de l’ASM

Les temps sont difficiles pour nous autres, fans du Cheptel Monégasque ; alors quoi de mieux que de se replonger dans notre passé. Chacun l’a vécu différemment et chaque supporter à son histoire… Voici la mienne. « Il était une fois, dans une ville frontalière de la Principauté de Monaco, à Roquebrune-Cap-Martin, un Grand-père vivant sa retraite paisiblement…

Chaque été, je venais passer mes vacances avec Lui. Un jour, il me proposa d’aller voir un match au Louis II. Quand je lui ai demandé pourquoi Monaco, il m’expliqua qu’il avait un grand attachement pour l’ASM. Adolescent, son père avait refusé de le laisser partir avec les émissaires du club, qui voyaient en lui un futur grand gardien, afin de faire ses classes en formation.

Voilà comment le 08/08/92, à 8 ans j’assistais à mon premier match de football. Monaco gagna 4-0 face à Toulon, doublé de Klinsmann et buts de Rui Barros et E. Petit. Je me souviens d’être tombé sur le cul, lors des quatre buts, à cause de ces putains de sièges jaunes rabattables. Pendant toute la rencontre, j’ai regardé les gars qui faisaient du bruit dans les latérales. Leur spectacle me fascinait et me faisait peur à la fois. Plus tard j’appris que c’étaient les Ultras Monaco et que leurs voix s’élèvent de leur territoire qu’on appelle le Pesage…

Le lendemain, je ne parlais que de ça à ma grand-mère : je voulais un maillot avec la diagonale rouge et blanche, l’écharpe avec les losanges et puis la casquette aussi ! Devant mon enthousiasme, mon grand-père me conduisit à la Turbie. Je reconnus Djorkaeff et Thuram, Papi m’aidant pour les Wenger, Petit, Puel, Dumas, Legwinski, Grimandi,… J’ouvris de grands yeux quand il serra la main de Jean-Luc Ettori.

Dès lors, l’ASM devint ma raison de vivre, je suivis tous les matchs et tous les joueurs, je partais à chaque vacance à Roquebrune pour aller voir les entrainements et les matchs. Je prenais des centaines de photos des UM. Le lundi je me disputais avec mes camarades parisiens quand on parlait foot, c’était la guerre ! Le premier qui critiquait mon équipe devenait mon ennemi. Je collectionnais les images des magazines dans des albums, les posters envahissaient ma chambre, mon agenda était coloré de rouge et de blanc. Le week-end, je restais dans ma chambre, maillot sur le dos, et j’écoutais la radio sportive en sautant sur mon lit.

Le 06/09/96, mon grand-père m’emmena au Parc des Princes : PSG – Monaco. Il me calma lorsque j’avais envie de chanter et danser avec les Infernis venus en nombre. Il s’amusait de me voir stresser et trépigner d’angoisse devant le match. À la mi-temps il me raconta l’histoire des anciens : la Finale de la Coupe des Coupe, les Hoddle, Hidalgo, Jean Petit, Onnis, Cossou Bellone, Weah…

Je ne le savais pas encore, mais il me transmettait un héritage : sa passion pour l’ASM. Je sentais qu’il avait vibré comme j’étais en train de le faire.

Les années passèrent et ma ferveur pour les rouges et blancs grandissait de plus en plus. Mon Grand-père était toujours avec moi à chaque fois que j’allais les voir. À la Turbie, il se permettait d’interpeler le grand Barthez, la main sur l’épaule : « Fabien, comment se fait-il que les coups francs partent toujours dans les nuages, ce sont des Pro tout de même ». Au début j’avais eu honte, mais maintenant je me dis qu’il avait raison.

Et comme personne n’est éternel, l’année du titre 99-2000, j’ai dû aller au stade sans lui. Il suivit du ciel l’une des plus belles épopées de ces dernières années. Durant cette saison, j’ai fait mon premier déplacement avec les UM, à Geffroy Guichard, j’avais 16 ans. C’était beau, fort et intense… Nous remplissions la tribune visiteurs et telle une armée en explosion, nous chantions haut et fort pour nos couleurs.

L’après-titre fut difficile pour tout le monde, mais j’avais le blason gravé sur la peau et je restais encore plus et toujours derrière eux, conscient de l’héritage que l’on m’avait confié.

Arrivèrent les années Deschamps où je regrettais encore plus mon Grand-père ; avec lui on serait allé à Gelsenkirchen c’est sûr. Il aurait peut-être même pleuré avec moi et m’aurait réconforté après cette défaite lourde de conséquences…

La suite, tout le monde la connaît, c’est une longue descente aux enfers. Et plus ça allait, moins j’étais de passage sur la côte. S’Il était présent, on « leur aurait botté les fesses à la Turbie » comme Il disait. Mais ce n’était pas parce que je ne descendais plus que je souffrais moins. La douleur était et est toujours là, à chaque défaite, à chaque point perdu, à chaque dégringolade au classement. J’ai noyé mon chagrin sur des sites qui sortaient de l’ombre pour accuser les coupables, mais la bataille est trop rude…

Enfin, l’année fatidique est arrivée. Moustache fut débarqué : 6e coach en 6 ans, il était juste un peu moins mauvais que les Guidolin, Boloni et Ricardo, tout comme les présidents qui ont suivi d’ailleurs. Je me suis motivé et ai fait le déplacement à Auxerre en pensant encore à Lui. J’y ai retrouvé la joie du parckage : les chants, les tribunes, l’odeur du pétard et du fumigène. C’est toujours aussi prenant : je me suis rendu compte à quel point “on ne vous lâchera jamais… »

Et puis voilà, nous sommes le Dimanche 29/05/11. J’ai honte de ne pas y être. Il doit me regarder avec des yeux noirs de là haut. Au début j’y crois à fond et je me dis que ça ne peut pas nous arriver à nous. Mais au coup de sifflet final, c’est un monde entier qui s’effondre, un mythe qui s’écroule, une passion bafouée et violée. Je me sens ridicule, mon orgueil en prend un coup sévère. Je reçois des SMS de la famille : “Si ton grand-père voyait ça… » Puis le sentiment de frustration fait place à la haine. Cette colère de voir Son héritage réduit à néant. J’ai subitement envie d’être au Louis II avec les autres, de bruler le stade et casser tout ce que je trouve ; mais j’ai surtout envie de les insulter : eux, les joueurs et dirigeants. Vous êtes tous responsables de ce massacre : vous avez détruit ma passion et sali un blason.

Et maintenant ? J’ai 27 ans, encore une grosse partie de ma vie devant moi. L’ASM est dernière de la Ligue 2 et on joue plus que jamais le maintien. Comment c’est possible ? Y a qu’à voir l’historique du club. Depuis la nomination de certains, c’est la merde…

Alors, je lutte, j’adhère aux cris et écris d’hommes vêtus de capes et d’épées, qui œuvrent avec courage, mais conscients que les responsables n’en ont rien à foutre…

Parfois je me demande si mon Grand-Père était toujours des nôtres ce qu’il ferait. Il serait surement comme nous, abattu et dégouté de voir son équipe de toujours, celle en qui Il avait foi, celle qu’il avait vu grandir : pourrir en zone rouge de la deuxième division. Il me dirait qu’Il est désolé et Il serait sans doute malheureux au plus profond de lui-même, car cet amour qu’Il m’a légué a été taché et souillé.

Demain ? On ne sait pas de quoi il sera fait. Mais pour Monaco, la route du National semble être celle sur laquelle on s’engage. Et le pire c’est que ça ne choque que nous : nous qui “avons nos globules rouges et blancs”, nous qui serons toujours là des années plus tard, nous qui chanterons “Les Rouge et Blanc allez !!”.

J’espère moi aussi un jour être Grand-Père, mais où emmènerais-je mon petit fils ? Au stade de Menton ou de Roquebrune, en DH ? Sympa l’héritage… »

Voilà, c’était mon histoire de supporter et elle avait bien commencé. Seuls ceux qui font l’ASM d’aujourd’hui ont le pouvoir de modifier la suite. En ont-ils l’envie ? Notre club est-il déjà mort ? Je n’en sais rien, mais en tout cas, il y a une chose qui restera intacte : ma passion.

Matthieu, alias Matt94