24h chrono et la fin du mercato

Le mercato monégasque fut le plus animé de l’histoire du club (et pas loin de l’histoire des mercatos). Pourtant, l’an dernier, avec les Maazou, Feindouno, Diarra, Moukadjo et autres, on avait déjà fait fort. Mais cette année, avec 9 arrivées, on a fait encore mieux. Et la dernière journée ne fut pas de tout repos… La preuve.

05h16 : Jean-Luc Buisine se présente devant le bureau de Rybolovlev, tenant un papier avec une liste de joueurs dessus. Il tape, mais personne ne lui répond. Penaud, il retourne se coucher dans son bureau.

 

07h00 : Toto Tamuz a pris l’avion depuis Israël pour rejoindre la Principauté. Mais au moment d’entrer dans le domaine aérien français, le vol est détourné par Ocatarinetabelatchitchix et son clan d’experts en fromages explosifs. Ne voulant pas venir pour l’argent, il refuse qu’une rançon soit payée pour être relâché.

 

8h29 : Rybolovlev arrive au siège de l’AS Monaco. L’ensemble du personnel administratif l’accueil, tous au garde-à-vous, tous impeccablement sapés, coiffés, rasés, briqués… Tous ont le masque, et transpirent une trouille palpable. Smolentsev, dans les pas du président, compte son personnel, et s’aperçoit qu’il en manque un.

08h36 : Smolentsev entre dans le bureau de Buisine et le surprend en train de dormir. Il part en claquant la porte, ce qui réveille le responsable du recrutement.

08h43 : Buisine retente sa chance au bureau du patron. La porte est à nouveau fermée. Il repart à nouveau, triste.

 

09h05 : Toto Tamuz envoi un SMS à Smolentsev : « Moi bloqué en Corse ». Peut-être en retard.

09h06 : Le directeur de l’AS Monaco lui répond : « Toto sait nager. Donc Toto sera à l’heure… »

09h10 : Apprenant la nouvelle, Dmitry Rybolovlev démarre une partie de Football Manager 2005 avec Evgeny Smolentsev à ses côtés.

— « Adu est énorme ! On le prend !

— Ils ont déjà essayé chef, un bide.

— Ibrahima Touré alors !

— On l’a déjà pris, c’est lui qui est resté une semaine au poste frontière…

— Ah, je croyais que c’était Subasic. Enfin du moment qu’ils ont quatre étoiles en potentiel.

— Au moins un ailier sinon ?

— J’ai un Dirar, 2 en collectif, une diva pour les médias, mais ça semble un bon tricoteur

— OK je m’en occupe, pour le prix on met autant que nos prédécesseurs sur Mbokani alors ?

— Tu peux, s’il fait le con, nous avons les moyens de le faire filer droit nous. Tiens et puis mets-moi du Grec aussi, ils étaient champions d’Europe à cette époque ».

09h12 : Entendant du bruit dans le bureau du patron, Jean-Luc Buisine frappe à nouveau. En vain…

09h20 : Smolentsev ouvre la porte devant un Buisine somnolant contre le mur. Il ne s’arrête pas et se dirige vers une salle fermée d’un cadenas.

09h21 : Smolentsev revient avec une bouteille de Vodka et deux verres. Il rentre dans le bureau, laissant en rade un Buisine trépignant… « Il va foutre le mercato à l’eau ce con ! »

09h45 : Dirar a reçu l’offre de l’ASM, il entre dans le bureau de son Belge de président, les cheveux impeccablement laqués.

09h47 : Dirar sort du bureau, fier comme un coq. Le coach pleure à genou, le président se tient l’épaule en hurlant.

 

10h10 : Smolentsev reçoit une proposition pour recruter un latéral gauche. Ayant déjà pris Tzavellas, il est sceptique. Après avoir su qu’il s’agissait de Jemal, il décide d’attendre la fin de saison, « on a encore son homonyme sous contrat jusqu’en juin ça ira ». Buisine acquiesce en entendant la réponse à travers le mur.

 

11h11 : Après des négociations éclair, avec des brouettes pleines de billets, toutes les recrues potentielles arrivent une par une à l’IM2S pour les tests médicaux. La salle d’attente devient rapidement pleine à craquer.

11h24 : Dans la salle d’attente, personne ne parle. En fait, personne ne se comprend…

11h30 : Koman est le premier à passer. Il subit une inspection en profondeur qui n’est pas sans rappeler les grandes heures de la torture russe. Dans une pièce spécialement aménagée avec une table métallique dotée d’attaches pour les poignets et les jambes. Même Wolf n’a pas tenu et en est ressorti blessé, mais pour le barbare hongrois, même pas mal.

11h40 : Dirar a pris ses bagages et veut repartir, si Koman passe la visite avant lui, il s’en fout, il peut aussi se casser !

11h41 : Dirar fait son retour dans la salle d’attente, se tenant la main. Smolentsev apparait derrière lui, un doigt dans un sac. « Toi bouger encore une fois, moi enrichir collection ». Le Marocain passe rapidement devant le doc’ en pleurant.

11h50 : Au tour du premier grec, Tzavellas. Il annonce que lui est un dur à cuir, qu’il marque des buts depuis son camp quand il veut. Smolentsev indique au toubib qu’il peut passer aux tests de niveau 4.

11h56 : Grosse baisse de tension à l’IM2S. Dirar se planque derrière le grand pot de fleurs.

11h62 : La réaction à l’électricité de différentes parties de son corps est testée sur Tzavellas. L’Hellène ressort les yeux embrumés et la tête basse (et sans les garçons). Le toubib appose un tampon OK KGB sur son dossier.

 

12h40 : Tziolis ferme la marche, pas pressé d’y passer. Trois grands verres lui sont présentés sur une table, remplis d’un liquide transparent. « Buvez les trois cul sec, vous devez ensuite trouver laquelle de ces vodkas vient de Russie, de Pologne et de Finlande ». Bonne réponse pour la Russie, mais il inverse les deux autres. Tant pis, la russe ça suffit.

12h59 : Simone scrutant son smartphone, pousse énergiquement la porte du service de l’emploi. « Ça ferme dans une minute, monsieur.

— Je ne serai pas long, c’est juste pour déposer quelques offres d’emploi… »

 

13h08 : Tout le monde a passé la visite médicale avec succès, mais se retrouve devant le stade Louis II pour signer son contrat. La queue est interminable et le panneau indique « ici, attente de 45 minutes » à l’accueil.

13h45 : Buisine essaie à son tour de passer par cette entrée pour rallier le bureau tant désiré. Ne faisant pas partie de la liste d’invités de la « mercato party », il est refoulé par un grand videur à rouflaquettes roulant les « r ».

 

14h12 : Au service de l’emploi, Marco Simone est toujours en pleine explication : « Vous n’avez pas oune pérsonné qué parle lé grec, et lé Hongrois ? C’est pas loin comme pays ça non ? »

14h28 : Toto Tamuz, fraîchement libéré contre une poignée de figues molles, trouve un maillot de bain. Il s’élance dans la Méditerranée, objectif Monaco !

 

15h18 : Le corps congelé de Toto Tamuz est remonté à la surface par un pêcheur corse.

15h34 : La secrétaire de l’ASM a mal aux mains… Elle vient de taper son 14ème courrier et son 8ème contrat de la journée, soit autant que durant les 3 années du mandat des anciens présidents…

15h50 : Marc Keller sirote un café.

 

16h01 : Après une longue conversation, le pêcheur accepte d’amener Tamuz à Monaco. L’accord conclu, il sort un panneau lumineux de derrière la barre. Bruits de pistons hydrauliques, et tremblements du bateau. « Je vous conseille de vous accrocher… »

16h45 : Jérôme de Bontin sort des toilettes. C’est bon de pisser parfois…

16h50 : Toto Tamuz, plié en deux, vomit tripes et boyaux sur le bitume du port monégasque. « Bravo, d’habitude, les gens ils gerbent à l’intérieur du bateau. »

 

17h01 : Le chef comptable est content. Pour la première fois depuis plus d’un mois il va pouvoir finir à l’heure. Au moment où il va éteindre son ordinateur, il reçoit un mail : « Toi dans bureau moi. Je veux prévisionnel budget club suite au mercato dans 5 minutes ! »

17h35 : Marco Simone reçoit un nouveau SMS. Il se tourne vers la responsable du service de l’emploi : « Euh, c’est possiblé dé rajouté oune tradoucteur dé tounisienne ? »

17h50 : Michel Pastor observe une peinture d’un artiste péruvien. Il a une demi-molle…

 

18h09 : Aubéry tourne en rond dans sa boutique depuis plusieurs heures. Il semble paniqué et s’arrache les cheveux : « Comment je vais faire pour floquer tous ces noms ? ».

18h32 : Après de nombreux appels répétés au fournisseur de sa nouvelle machine dernier cri, il est las, très las. L’alphabet grec n’est pas disponible sur ce modèle, même en option. Pour ne rien arranger, aucune recrue n’est présente dans l’effectif du site officiel pour vérifier l’orthographe des noms.

18h55 : Toto Tamuz arrive à l’IM2S, enfin. Il tambourine à la porte. « Faites-moi tous les tests que vous voulez, j’en ai bavé pour venir, je veux signer à l’ASM ! » La porte s’ouvre sur un mastard blond au teint rose pâle tout sourire.

 

19h15 : Toto Tamuz a mal…

19h22 : Toto Tamuz a très mal.

19h45 : Smolentsev fait livrer le repas aux bureaux de l’ASM. Un livreur de la société « Caviar minute » se présente avec deux grosses boîtes, sous les vivats du personnel de l’ASM, alignés pour l’occasion devant le bureau de leur très cher président, qui, grand seigneur, leur jette un petit bout de pain.

19h48 : Toto Tamuz a excessivement mal.

19h55 : La secrétaire tente de s’en aller pour rejoindre son petit ami. Malheureusement, Smolentsev l’a suivi jusque dans le parking, et lui colle une fessée, cul nu devant les autres membres de l’administration du club. « Toi comprendre club être ton seul petit ami ! »

 

20h15 : Marco Simone vient de signer la dernière demande d’embauche pour un traducteur. Il reçoit un SMS de Smolentsev : « Toi penser prendre traducteur de créole ? » Simone se retourne vers la préposée, qui lui colle une baffe avant de l’expulser de son bureau.

20h18 : Fin des tests physiques pour Tamuz. Le préparateur enlève un énième cathéter du fondement du futur monégasque, qui ne peut empêcher les larmes de monter.

20h52 : Smolentsev se bidonne encore. Sa dernière blague à Simone le fait encore beaucoup rire…

 

21h30 : La porte du bureau du chef s’ouvre. Smolentsev, le regard vitreux et la bouteille de vodka vide à ses côtés, regarde Buisine.

— « Vous êtes ?

— Jean-Luc Buisine, pour le recrutement, on est le 31 !!

— Recrutement ? Fini recrutement ! »

La porte se referme. Buisine pleure.

 

22h45 : Trouvant Buisine en larmes dans son bureau, Smolentsev est pris d’un instant de compassion. « Tiens, voilà fond de vodka. Ça guérir tout ce qui fait pleurer ! Da ! »

22h50 : Après une longue soirée de travail, Pierre Svara s’endort, faisant probablement des rêves en rouge et blanc…

22h55 : Après avoir épuisé son stock de 356 blagues de Toto, le préparateur psychologique relâche le joueur, lui tendant son certificat médical dûment signé.

 

23h31 : Les nouveaux joueurs de l’ASM sont conduits par Adriano, Hansson et Helstad dans un des hauts lieux de la nuit monégasque. Au moment d’entrer, un groupe de six armoires à glace se présentent devant les joueurs. « Ordre du patron : vous entrer, nous casser vous bras, et arracher vous dents »

23h35 : Les joueurs s’interrogent, les vigiles russes ne bronchent pas. Hansson prend la parole : « De toute façon, je ne crains plus rien niveau dents, alors je rentre ». Voyant leur coéquipier projeté à terre trois mètres plus loin d’un simple coup, les joueurs se précipitent tous à leurs voitures en hurlant…

 

00h00 : Le réveil du webmaster du site officiel vient de sonner. Après une longue nuit de près de 24h, il se met au travail. Trois lignes pour chaque recrue prises sur Wikipédia, et on envoie. Ouf, c’est en ligne. La fin de mercato a été tellement éreintante qu’il se recouche.

00h05 : Toto Tamuz, l’œil humide, la patte traînante, le bras ankylosé, le fondement endolori, se présente enfin aux bureaux du club : « C’est bon, je suis là, j’ai le certificat médical !

— Trop tard mon gars. Toi repasser en juin si tu veux… »

 

01h06 : Le mercato est bouclé, mais Marco a lui du mal à s’endormir. Il a une vilaine crampe au poignet et aux doigts qui le lance. De plus, sa joue tire encore un peu. Mais surtout, Simone gamberge sévère : « Jè voulais oun joueur par lignè, ma què jè vais faire dè tous ces gars !!!