L’AS Monaco fête ses « morts »

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De premier abord, il n’y a pas vraiment de lien entre la Toussaint, la fête des morts, et l’AS Monaco. Mais en y regardant de plus près, le club de la Principauté a quand même pris l’habitude de « tuer » des joueurs, de flinguer leur carrière. Certains ont eu leurs derniers soupirs de joueur professionnel sur le Rocher. D’autres peuvent être considérés comme des morts-vivants ou des morts-nés.

Pour un sportif, la fin de carrière est souvent considérée comme une première mort, entraînant une nouvelle vie (que certains n’arrivent pas à mener, mais c’est un autre sujet). Et ils n’ont pas été rares ceux qui ont choisi Monaco comme dernier port d’attache. Le footballeur pro qui s’est exprimé en eux, qui a sommeillé en eux (très profondément pour certains), s’est éteint sous le soleil azuréen.

Pas besoin de remonter très loin pour en retrouver. L’été dernier, Petter Hansson a refermé le livre déjà bien poussiéreux de sa carrière. Beaucoup auraient apprécié que ça soit le cas plus tôt. Rabiu Afolabi pourrait bien être considéré de la même façon, n’ayant pas trouvé de nouveau port d’attache après la fin de son contrat en juin dernier. Il traînerait toujours ses guêtres à La Turbie. Sébastien Chabbert aussi. Lui est encore sous contrat, mais participer à un match semble désormais utopique pour le cinquième gardien de l’ASM. Ça rappelle André Biancarelli, et peut-être bientôt Flavio Roma. Précédemment, Japhet N’Doram n’a pu aller plus loin que son année asémiste ponctuée par un but en 13 matchs, alors qu’il restait sur 21 buts en 35 rencontres avec Nantes. José Touré était pour sa part le joueur le mieux payé de France, mais ses excès lui ont fait raccrocher les crampons à 29 ans. Le joueur Patrick Müller est lui aussi « mort » avec l’ASM, mais son cas est un peu particulier. Il est de la classe des morts-vivants, déjà dans son cercueil avant d’en être sorti par des dirigeants monégasques incompétents qui l’ont eu par appât du gain.

Morts ou presque

D’autres joueurs ont disputé leur dernière saison en tant que Monégasque, mais avec les honneurs. Ce n’était pas forcément prévu, mais Guillaume Warmuz a assuré sans faillir un intérim en 2005/2006. Avant de tirer sa révérence. Claude Puel, Jean Petit ou Jean-Luc Ettori par exemple ont eux aussi arrêté en rouge et blanc, mais avec la particularité de n’avoir toujours porté que ce maillot. Et en devenant des joueurs emblématiques par leurs performances et leur fidélité.

Ce n’est pas vraiment le cas d’autres qui ont continué en repartant de la Principauté, mais à un tel niveau qu’on pourrait les considérer comme retraités.  Que penser de Thorstein Helstad, qui a regagné la Norvège après une saison traversée tel un fantôme ? Et Dario Simic, retourné au Dinamo Zagreb avant d’arrêter les frais pour n’avoir joué que trois matchs à un niveau physique insuffisant. De son propre aveu. Gerard a lui aussi été plombé par son corps. Quoi que plus jeune que les précédents, il a connu tant de pépins à Monaco qu’il a heurté un mur au milieu d’une carrière prometteuse. Finaliste de la C1 avec Valence, champion d’Espagne avec Barcelone, international avec la Roja, ça ne ressemble pas à un joueur qui a fini à Huelva et Gijon en étant laissé libre à chaque fois. On peut aussi dire qu’un buteur décisif en finale de Ligue des Champions n’a pas vraiment vocation à terminer au Japon. C’est pourtant le cas de Basile Boli, parti au pays du soleil levant après six mois à l’ASM. Roger Mendy, pour des raisons diverses, est lui passé subitement de Monaco à Pescara, ça en a surpris ou laissé sceptiques plus d’un. Qu’il en parte rapidement pour finir à Al Nasr aux Emirats Arabes Unis, moins.

Tueuse de talent

L’AS Monaco a « tué » des carrières, ou des fois du talent. Si le club cherche à redevenir un ténor européen, c’était loin d’être le cas ces dernières années. A cause d’une trésorerie de plus en plus exsangue notamment, ainsi que de recrutements pour le moins ratés. Pourtant, de prime abord, certains choix n’étaient pas si dénués de sens. Mais une constante plombe l’ASM, les joueurs deviennent mauvais quand ils signent sur le Rocher. Parce qu’il faut l’avouer, le principe inverse est bien moins vrai.

Quand Mathieu Coutadeur a rejoint les rangs du cheptel après d’âpres négociations, la majorité des supporters étaient d’accord pour dire que c’était l’élément qui manquait, pour apporter un lien entre le milieu et l’attaque. Même avec les progrès d’Internet, on l’a toujours pas trouvé le lien. Lui cherche toujours à convaincre au Mans mais n’a jamais percé comme prévu. Arrivé en même temps du FC Barcelone, Eidur Gudjohnsen était présenté comme un joueur sérieux, pas encore trop âgé et suffisamment talentueux pour apporter un plus. Il ne l’a apporté que sur la balance et pas au total de buts inscrits. Après être passé de club en club sans réellement jouer, il évolue maintenant chez la lanterne rouge du championnat belge…

Une trajectoire vers la « mort » de sa carrière qu’a aussi suivi Freddy Adu. Un des plus grands espoirs du football mondial est arrivé en grandes pompes à Monaco, il en est reparti à coups de pompe dans le derrière. Belenenses, l’Aris Salonique, Rizespor, que de grandes écuries qui ont ensuite accueilli son sourire avant son retour aux Etats-Unis, dans l’anonymat. Anonyme, Gonzalo Vargas l’était aussi à son arrivée, mais avec le statut de meilleur buteur en Argentine. Flatteur pour celui qu’on surnommait « El Turbo ». Mais il n’a visiblement pas résisté au climat de la Côte, des bougies encrassées, des problèmes de transmission et une casse moteur insolvable ont mis fin aux espoirs de réussite des supporters. Il est maintenant retourné en Argentine, par un détour au Mexique, mais pas mieux qu’en D2…

En remontant un peu plus loin, les déceptions ne manquent pas non plus. Franck Jurietti a été acheté à prix d’or, c’est qu’il était considéré comme un des meilleurs latéraux à Bastia. Mais pas à Monaco. Même constat pour Fabien Piveteau, successeur de Jean-Luc Ettori. Difficile d’être à la hauteur en passant après un tel monument, mais c’était attendu au vu de ses performances au Havre. Si on vous dit aussi meilleur buteur de Belgique recruté par l’ASM (non pas Mbokani ou Dirar), les initiés penseront probablement à Robert Spehar. Les filets du Louis auront peut-être plus de mal à s’en souvenir. Il y a aussi eu deux symboles du recrutement de pré-retraités, anciennes gloires internationales, dont Fontvieille n’a pas été le quartier où ils ont brillé. La star Oliver Bierhoff est arrivée du Milan, elle est repartie au Chievo Vérone… Vladimir Jugovic a lui été prêté par l’Inter. Fort de 11 trophées décrochés quasiment partout où il est passé, son niveau à l’ASM a plus tendu vers le faible.

Tués dans l’oeuf

Par ailleurs, il n’est pas question de mentionner tous les joueurs du centre de formation qui ne sont pas passés pros. Il y en a trop et ça n’aurait pas d’intérêt. Mais certains ont suivi une trajectoire particulière. Leur carrière n’a connu que quelques balbutiements qui n’ont pas franchi les frontières de la Principauté, des carrières mortes-nées. Pour des raisons diverses et souvent peu communes.

Bruno Irles a évolué huit saisons avec Monaco, il aurait dû progresser et faire une carrière disons honorable, mais son physique n’a pas suivi. Tout le temps blessé, il n’a pas atteint les 20 matchs dans la même saison et a dû arrêter à 26 ans. On penserait presque qu’on lui a porté la poisse. Pour Alexandre Licata, c’est un constat catégorique. C’est à Monaco qu’il a connu le haut niveau après son arrivée de National. Mais il ne l’a pas connu ailleurs. Après six mois remarquables, il a choisi de ne pas prolonger et d’en terminer avec son aventure monégasque. Il n’a plus rejoué en pro depuis. La faute à une algoneurodystrophie. En gros, il a trop mal à la cheville pour jouer, personne ne sait pourquoi et comment y remédier. Il a dû se résigner l’été dernier à 28 ans. Dur. Manuel Vallaurio n’a pas non plus été épargné par les blessures graves. Il  n’a pas réussi à percer et a renoncé au professionnalisme. Il a dû vendre sa belle voiture et se retrouve dans le costume d’un amateur à Menton. C’est ce qui attend aussi Frédéric Nimani (bah quoi ? vous croyez à un autre destin ?). Enfin même pas sûr qu’il continue en amateur, Ronaldo lui tend les bras depuis si longtemps qu’une reconversion est déjà prête. Il y a une vie après la mort.

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