Grosses comme des melons

Salut, c’est Manu, Manu Flacdo, le roi du salto !

Mon entourage me le dit souvent : je suis un gars généreux. Pour remercier les supporters de tous les bons messages suite à ma première chronique, je leur ai claqué un triplé. Coup du chapeau comme on dit par chez vous. Et pour remercier ma maman, je lui ai offert le ballon du match. Je suis comme ça moi, simple, même en étant désormais le meilleur buteur du championnat, avec plus de buts que Ramdam, Cavani et Zlatan cumulés.

Si j’ai calmé tout le monde, c’est aussi parce qu’après mon but à Bordeaux, il y a eu beaucoup de rumeurs. À la base, je ne suis pas contre les rumeurs, j’aime bien ça, ça me permet de me faire des copains.

Sauf que là, c’était des rumeurs de départ, qui se sont vite concrétisées. Mon pote Ibra s’en est allé, et du coup, j’en ai perdu un peu de ma joyeuseté.

J’ai eu un gros coup de blues. Avec ma réussite à Bordeaux, j’ai cru que les dirigeants avaient décidé que je ferais tout seul l’affaire, et qu’ils ont donc laissé partir Ibra. De voir un pote s’en aller comme ça, par ma faute, ça m’a chagriné 3 minutes et des breloques.
Mais j’ai vite appris qu’en fait, il était parti pour aller jouer au Golf, le foot, apparemment, il en avait plus rien à faire.
Autre rumeur qui m’a tourneboulé, celle du départ de Ramdam. Mais cette fois-ci, j’ai pris mes responsabilités, et j’ai vite coupé court à ces bruits.

Derrière moi, le club a suivi, et même Ramdam a expliqué qu’il allait rester derrière. Je n’avais pas envie qu’un autre ami s’en aille joueur au golf. Je vais finir numéro 1 moi si ça continue.

Puis est venue l’heure de préparer le premier match à domicile. Le vendredi, le coach nous a annoncé que Joan ne jouerait pas. Apparemment, il serait encore blessé.

Comme on est pote, je suis allé lui demander :
« Tamalou ?
— Yébobola ! »
Vous voyez, la communication au sein de l’équipe est très facile.

Le lendemain, dernier entrainement, direct au stade. Professionnel jusqu’au bout, je suis allé tester les bancs, afin de me parfaire dans ce statut de numéro 2 qui me sied parfaitement. Avec Delvin, on a mis au point un petit stratagème pour faire de l’ombre. Parce que demain, ça va cogner fort, et il ne faudrait pas que je choppe une solation ou un trop bronzage.

Ensuite, c’est la mise au vert. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi on appelait ça comme ça.
Quand je jouais à St-Etienne, c’était facile, ça voulait dire qu’on se préparait à mettre le maillot vert. Mais là, pour le coup, ça devrait plutôt s’appeler la mise au rouge et blanc.
Je ne vais pas tout te raconter, c’est le genre de chose intime dans la vie d’une équipe. Tu n’es pas sensé savoir qu’Abidal s’arracherait les cheveux, s’il en avait, en essayant d’apprendre à Loucas à jouer à la belote, alors que ce dernier serait plutôt partant pour une partie de cache-cache avec Ya’ et Layin. Ricky fait des mots croisés. Quant à Ramdam, lui… Il a passé son temps à dormir. Jamais vu un coéquipier pieuter autant. À croire qu’il n’a pas passé une seule minute au lit de toute la semaine dernière… Il nous cache des choses, il va falloir que j’enquête…
Le pire, c’est le mister coach. Pour évacuer le stress, il boit des litres et des litres d’eau. Si jamais un jour, ils nous font grimper tout ce qu’il se descend, on risque d’être un festival de mal aux cannes.

Le lendemain, jour de match. Debout, trop tôt, surtout pour un dimanche. Puis au petit dej, plat de pâtes. Sans carbonara, ni rondelles d’ananas. Juste des pâtes. Un rototo, et puis on est parti pour le stade. C’est Ramdam qui est monté le premier dans le bus. C’est qu’il a l’air de s’y connaitre en rototo.
En arrivant au stade, je découvre la grosse erreur que j’ai faite : j’avais oublié mon portable !

Pas de tweet donc. Comme je ne voulais pas me fâcher avec les mousquetaires, j’ai donc tanné les copains pour qu’on m’en prête un, histoire de faire un minimum le boulot pour lequel je ne suis pas payé.
Surtout que bon, méga surprise, voire même grosse déstabilisation : je suis titulaire !

Numéro 1 à côté du numéro 1. De retour dans ce statut de numérobis qui m’a si bien réussi à Bordeaux. Mais là, pendant tout le match. Incroyable. Les premières minutes, j’ai d’ailleurs été un peu déboussolé. J’allais constamment vers le banc, comme un sixième sens. J’ai mis une demi-heure à m’y faire quand même. Puis après, j’ai compris que le rôle de numérobis, c’est le pied.

Déjà, avec Ramdam a mes côtés, je suis pépère : tout le monde s’en fou de moi. Et pour cause. Ils ont tellement les chocottes bleues quand il touche le ballon qu’il y a systématiquement deux gus pour sa pomme : un qui lui tient la jambe gauche, et l’autre accroché comme un mort de faim à la droite. D’ailleurs, l’arbitre a dû parlementer un moment avec les deux pour qu’ils le lâchent au moment de tirer son pénalty : c’était un peu trop voyant.
Les autres défenseurs, sur les côtés, ils sont éparpillés aux quatre coins du terrain. Une rotule devant les bancs de touche, un rein au poteau de corner, les cervicales à l’entrée de la surface. Ça s’appelle le double effet Ya’Loucas. Avec ces deux-là, pas la peine d’aller chez l’ostéo. Si tu t’amuses à les suivre, à la troisième accélération, il ne reste plus rien à redresser. Par contre, pour tout remettre en place, ça relève plus du domaine de l’archéologie.

Une fois que j’ai compris tout ça, il ne me restait plus qu’à attendre le bon ballon. C’est fabinio qui s’en est chargé. Un coup de pompe en direction des cages, je n’ai pas besoin de plus vous savez. Le défenseur me pousse, moi je me retiens à lui pour ne pas tomber. D’ailleurs, les shorts de Pellier sont plutôt solides. Puis le gars s’est rendu compte que ce n’était pas Ramdam à ses côtés, alors il s’est arrêté de jouer. Moi pas. Le gardien fait une sortie banania et moi, je marque mon second but en deux matchs. Royal !

Au retour des vestiaires, je suis chaud patate douce. Je réussis à peu près tout ce que je tente. Un truc de malade. Je me surprends même à contrôler des ballons quand ils m’arrivent dans les pieds.
Avec cette chaleur, la xitation, la drénaline, je ne me souviens pas de tout. Je revois un corner de Ya’ qui m’arrive un peu bas, et ça fait but. Il y a aussi un ballon qui me retombe sur la tête. Et ça fait but aussi.
Comme dans un rêve, oui, comme dans un rêve.

Mon retour sur le banc, tout le stade s’est mis debout. Au début, je croyais que c’était pour saluer le retour de Valère. Val’, c’est un vrai chouchou lui. Parait que même une des Tortues Ninja a voulu faire une photo avec lui alors qu’il faisait ses courses à Carrefour. Puis depuis les tribunes, j’ai entendu que l’on criait mon nom. Ca m’a fait chaud au coeur.
Pour te dire l’euphorie ambiante, même Jerem’ s’est enflammé. D’habitude lui, quand il monte, c’est uniquement pour aller dans le bus. Mais là, après avoir récupéré un ballon, il a prit feu. Un dribble vers l’avant, puis un autre. Et là, grand pont sur le milieu adverse. Comme dans un rêve, oui, comme dans un rêve.

En rentrant à la maison, je récupère mon téléphone. Et je découvre les messages de mes fans. Gros kiff, comme dirait Layin !

Le lendemain, lors de la séance massage, je n’ai toujours pas quitté mon petit nuage. Je me sens bien. J’ai les couilles grosses comme des melons.
D’ailleurs, le mister coach nous a remontré le match. Sur le second but, c’est très voyant.

Je vais arrêter là, avant de commencer à dire n’importe quoi. Du genre qu’avec la classe que je me paye, ils vont surement me mettre dans l’équipe type de la semaine avec Léo Messi en pointe.

Genre, moi, le numéro 2, passer numérobis avec le numéro 1 des numéros 1…

Vivement le prochain match, avec mes anciens potes de Toulouse.

Ciao !

PS : n’oublie pas, tu peux me suivre sur twitter : @MFlacDo

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