11 journées en 11 points

La dixième journée est généralement le premier révélateur d’une saison de foot. Après 10 journées, soit un poil plus du quart du championnat, on sait grosso modo comment va tourner le championnat. Mis à part les rares exceptions d’un club qui va aligner une grosse série après la trêve, ou inversement celle d’un club qui va se mettre à dévisser totalement, 90 % des forces en présence à la 10e journée, on va les retrouver en fin de saison.
Cela dit, chez les mousquetaires, on ne fait jamais rien comme tout le monde, alors notre pré-bilan du début de saison, nous l’avons pondu après le match contre Lyon. Un bilan en 11 points après 11 journées, quoi de plus logique ?

1— 2e du classement, à la différence de but (un tout petit but de rien du tout).

Pour sur, le cheptel détonne. Alors que nous craignons un démarrage en douceur pour une équipe construite à 80 % lors du dernier mercato, dès le premier match la bande à Ranieri a posé ses valoches sur la table, et a exhibé ce pour quoi elle était là cette saison : gagner, en proposant un jeu alerte et offensif. Bilan, le meilleur départ du cheptel de son histoire, 25 points sur 33 possibles, invaincu, en ayant joué à Marseille, à Bordeaux, à Paris et contre Lyon, soit tous les Européens de la saison. Avec le budget qu’on aligne, on répond aux attentes placées en nous. Mais il ne faut pas oublier qu’une partie de cette équipe était encore en ligue 2 l’an dernier, et c’est là où la perf’ est grande.

2— Le PSG est devant, ce qui est logique sur la durée.

Si le cheptel a occupé pendant plus d’un mois le fauteuil de leader, pour ne le céder qu’à la différence de but dernièrement, ce n’est pas non plus une hérésie que de voir les Parisiens devant. Car si sur une rencontre, l’ASM peut faire front et regarder les Parisiens dans les yeux, la profondeur de banc du PSG est une arme contre laquelle Monaco n’a pas de vraie solution actuellement. Excusez du peu, quand Paris fait sortir Ibrahimovic, c’est pour faire rentrer Cavani, là où quand Falcao a un coup de mou, Monaco a Rivière ou Germain en rotation… Et ce sans faire offense à aucun de nos attaquants… Si notre équipe type peut rivaliser avec celle du PSG (1-1 là-bas, pour mémoire), notre banc est bien trop léger pour tenir sur la longueur. Les compteurs pourraient cependant être remis à zéro si les Parisiens vont loin sur tous les tableaux.

3— Le jeu est en place…

Ce qui a frappé tous les observateurs en début de saison, c’est le fond de jeu monégasque. On s’attendait à une équipe chaotique, gagnant ses matchs aux forceps sur le talent de ses leaders, on s’est retrouvé avec un vrai groupe, avec un vrai état d’esprit, avec une vraie homogénéité, jouant tous ensemble, récitant les partitions de maitre Ranieri.
Cependant, ce « fond de jeu » repose sur différents éléments au rendement aléatoire, car encore bien jeune. James Rodriguez, Ferreira-Carrasco, Ocampos, Fabihno, Kurzawa, ces fers de lance de l’attaque munegu ont tout juste la vingtaine, et sont sujet à des sautes de performances entre les matchs, voire d’une mi-temps à l’autre, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes d’équilibres. Moutinho, le maître à jouer, est aussi sujet à des petites alertes musculaires, et il est fort probable qu’au cours de la saison, entre les formes, les méformes, les cartons et les blessures, l’organisation change, et la qualité du fond de jeu avec. Mais c’est là que l’on pourra juger de la force du groupe monégasque.

4— Falcao est bien la star annoncée.

Dans les rangs monégasques, on sait que l’on détient une perle d’une rareté qui n’a que très peu d’équivalents en Europe ou dans le monde. Alors on le bichonne, on fait en sorte qu’il se sente bien en dehors des terrains. Appartement grand standing, mise en valeur médiatique sans précédent, soutien chaque semaine dans la presse par ses coéquipiers, son entraineur, et même par la direction du club. Falcao est un joyau, et tout le monde est au petit soin.
À raison, car son aura aimante la lumière, qui se projette sur le club de la Principauté. Que dire du formidable coup de pub qu’il nous apporte, avec notre star colombienne sur la pochette du FIFA14 version Amérique du Sud, avec un maillot de l’AS Monaco ?
Et sur le terrain, il nous le rend bien, meilleur buteur du championnat avec 8 réalisations en 11 rencontres. Sauf que son côté « electro-aimant » n’agit pas que sur les bonnes grâces des supporters, mais aussi sur l’attention des défenseurs, et sur la magnanimité des hommes au sifflet. Au final, beaucoup de frustration pour un joueur qui est bien souvent secoué par les adversaires et les arbitres. Mais c’est un vrai battant, intelligent qui plus est. On a déjà vu à Lyon qu’il avait changé son approche. Et nous sommes persuadés que de retour au même niveau que les autres (début janvier après la trêve hivernale), il va casser la baraque !

5— la défense centrale : point de déambulateurs

Nombreux, dont nous-mêmes pointions du doigt l’âge canonique de notre défense centrale, frôlant à deux les 70 berges. Dans un championnat hyper physique, leur fort kilométrage pouvait largement créer des craintes, d’autant plus qu’en doublure, les solutions sont peu nombreuses, et hyper jeunes.
Sauf que nos papys défenseurs font mieux que tenir la baraque. Leur expérience compense énormément toutes ces petites choses qu’avec l’âge ils n’ont peut-être plus. Bilan, dans l’état d’esprit, et dans la solidité, le choix du duo Carvahlo / Abidal semble être un gage de sécurité des plus certains. Et quand on voit le portugais se jeter sur tous les ballons qui trainent, ou Abidal balancer des transversales dans les pieds d’un partenaire en guise de relance, on n’a plus vraiment de doutes.
Sauf que, l’expérience, ça ne fait pas tout. Et le point faible de cette défense, c’est clairement le physique. Et c’est d’autant plus flagrant que la grande majorité des buts que l’on a encaissés cette saison sont des buts « au physique », des buts de la tête, dans le jeu ou sur phases arrêtées. Erreur d’inattention, manque de communication ou problème de densité physique. La réponse est peut-être sur le banc, avec l’envergure et la jeunesse d’un Boja Lopez ou d’un Isimat-Mirin. Encore faudrait-il arriver à déloger les deux tauliers…

6— Subasic : chahuté, mais solide

Le point faible de l’équipe, c’était lui, selon les observateurs, et les éminences grises qui pullulent sur Twitter. Chacune de ses sorties, chacun de ses placements étaient décortiqués de façon scientifique, et la moindre anicroche devenait « la méga boulette de l’année » pour le portier Croate, qui payait ainsi sa décontraction, sa nonchalance, son attitude un peu légère sur le terrain.
Comme tous les gardiens, il n’est pas irréprochable. Comme tous les gardiens, il a ses bons moments, et ses instants d’égarements. Mais depuis le début de saison, aucune de ses bourdes, bien qu’elles ne furent que très peu nombreuses, contrairement à tout ce que la plèbe voudrait nous faire croire, aucune n’a couté de but.
En cherchant bien, on pourrait fustiger son placement aléatoire sur le corner du premier but sochalien, mais la défense mollassonne de Kurzawa et Fabinho, à deux sur le ballon sans être capable de l’attraper, est bien plus à blâmer que l’angle peu bouché par le portier croate.
Mis sous pression sur le net, et dans les journaux, qui ont fait venir la moitié des gardiens de la planète pour des sommes astronomiques à sa place, il assure depuis le début de saison, sans se démonter, sans se prendre la tête.

7— Rodriguez adaptation avant l’explosion

Et si la meilleure recrue de l’année c’était lui ? Beaucoup pensent, à raison, qu’il s’agit de Falcao, pour son apport sur et hors du terrain. Mais que dire de la partition offerte par James Rodriguez depuis le début de saison. Enfin, non, depuis 3-4 matchs en fait. Il a traversé le début de saison tel un fantôme, l’adaptation, la paternité, le manque de préparation, toute l’énergie pompée par les voyages au pays pour qualifier la Colombie à la coupe du monde (il va marquer un but importantissime lors d’une victoire 1-0, et permettre à lui tout seul la remuntada 3-0 — 3-3 en provoquant l’expulsion et les deux pénos). Revenu transfiguré, il éclaire le jeu monégasque dès lors, avec des caviars et des râteaux qui n’ont pas fini de démolir les défenseurs adverses.

8— Obbadi, l’homme de l’ombre

Et si la meilleure recrue de l’année, c’était lui ? Non parce que Falcao, va ben, Rodriguez, passe encore, mais le ciment de l’équipe, c’est lui. Arrivé sur la pointe des pieds l’an passé en cours de saison, il avait déjà impressionné pour son sens du jeu et son volume assez impressionnant. Flanchant un peu sur la fin, on se demandait tous s’il allait tenir le rythme en L1. Et là, la claque ! Il fait mieux que de répondre aux attentes, il les exploses. Régulièrement le joueur qui touche le plus de ballon à chaque match, il ratisse, oriente, relance, décale, créé… Parfois 6, parfois 8, mais toujours dans le sens de la marche, son but magnifique face à Lyon n’est qu’une petite lueur qui éclaire l’immense travail qu’il accomplit à chaque rencontre.

9— Rivière, la surprise au citron

Et si la meilleure recrue de l’année, c’était lui ? Homme de l’ombre du bout du bout du banc, spécialiste des vendanges l’an passé, on se demandait bien ce qui pouvait pousser Ranieri à lui donner la primeur vis-à-vis d’un Touré sortant d’une saison à quasiment 20 pions. Puis il a planté à Bordeaux, puis face à Montpellier, et on a compris qu’avec lui en pleine forme, Monaco n’était pas la même équipe. Dans un style diamétralement opposé à Falcao (donc complémentaire), il aspire les espaces et profite des prises à deux sur le Colombien. Si bien que si les défenses se concentrent sur Falcao, Rivière les punit. Si elles tentent de contrôler les deux, le Colombien fait son taf. Terrible casse-tête pour les adversaires !

10— Germain, pas dans le bon wagon

Conséquence première, bien qu’indirecte, de la grande forme de Manu Rivière en ce début de saison, c’est la disparition presque totale de Valère Germain. Certes, pas de chance pour lui, il était blessé pour le début de saison, et alors que ses copains déroulaient contre Bordeaux puis Montpellier, il rongeait son frein à l’infirmerie.
Mais son style de jeu, lent et posé, semble le condamner au mieux à être 3e dans la hiérarchie. En numéro 9, il est clairement derrière Falcao et Rivière. En 10, il passe après Moutinho, et après James, qui peut aussi jouer à ce poste avec bonheur. Logique selon la forme du moment, mais terrible pour ce joueur enfant du club, capitaine l’an passé…

11— Un recrutement aux petits oignons.

Les septiques peuvent désormais se taire. Le recrutement de l’ASM, qui semblait catapulté avec l’arrivée en masse de stars à gogo, est en fait le fruit d’une réflexion bien plus approfondie. Il y a des stars, histoire de faire grandir le club en le mettant dans la lumière, histoire aussi d’assurer un classement offrant une qualif en ligue des champions. Et il y a des jeunes, qui vont avoir un an pour se faire les dents en L1, et exploser aux yeux de tous, afin d’être prêt pour l’an prochain.
Tous les postes sont doublés, quoi qu’on en dise. Et même si certains postes semblent « légers », les défenseurs latéraux par exemple, il n’en reste pas moins que cette carte jeune offre une marge de progression sans précédent pour un club promu qui est déjà second du championnat.
Allez, si on veut pinailler un peu, on pourrait souligner le fait que Toulalan n’a pas vraiment de doublure idoine au même profil (Obbadi, Kondogbia et Pî n’en sont pas), et qu’à gauche il n’y aucun joueur d’expérience pour faire souffler le jeune titulaire en place.

La ligue 1 peut bel et bien trembler, cet ASMonaco là a toutes les cartes en main pour s’assoir tout en haut, sur le trône…