Célébrons le 5 de novembre

Permettez-moi d’abord de m’excuser d’interrompre si violemment les programmes habituels des mousquetaires. Je sais que beaucoup d’entre vous apprécient les conforts de la routine journalière, la sécurité du quotidien, la tranquillité de ce qui est familier. Je les apprécie autant que n’importe lequel d’entre vous. Et ne vous inquiétez pas, Manu Flacdo, Ramdam et toute la TeamMousk reviendront bien assez vite pour hanter vos zygomatiques.

Assez souvent, la commémoration d’évènements importants du passé, souvent liés à la mort d’illustres personnages ou à la fin de quelques luttes sanglantes, est célébrée par de sympathiques congés. J’ai pensé que nous pourrions marquer ce cinquième jour de novembre, jour qui tristement n’est pas dans les calendriers chômés, comme un jour où nous pourrions prendre le temps de sortir de notre train-train quotidien, et de nous assoir quiètement pour discuter un peu entre nous. Le tout afin de parler avec jactance de ce fameux 5 de novembre 2003, de l’anniversaire de ce héros croate, mais aussi, de l’apogée d’une équipe devenue modèle pour ceux qui cherchent de nouveau à marcher dans la lumière.
Malheureusement, ressasser ce nanan revient aussi à faire ressortir les turpitudes de tout ce qui s’est passé depuis 10 ans, cela aura surement pour conséquence de jobber les décisions présidentielles, ces hommelets qui recrutaient à tour de bras ces hallefessiers qui ont mené le cheptel monégasque jusqu’aux portes de l’enfer et de la relégation en national.
Naturellement, certains ne voudront pas que nous discutions et que nous rappelions toutes les incohérences des mandats des maitres du cheptel depuis Pierre Svara. Je sens déjà les téléphones portables qui s’ouvrent, les avocats qui balbutient, j’entends qu’on parle de blasphème, de calomnie, de diffamation, de fermeture de site… Pourquoi ?
Parce que les mots ont aussi leur lot de puissance, et que cette puissance peut effrayer. Parce que les mots sont les témoins de l’histoire, et qu’il n’est pas forcément bienvenu de remuer les miasmes du passé. Parce que les mots apportent une signification aux choses, et pour ceux qui veulent bien les écouter, offrent une certaine énonciation de la vérité.
Mais la vérité, c’est qu’aujourd’hui est un jour de joie, un jour de deuil. Aujourd’hui, nous enterrons, pour une durée indéterminée, cette période d’incertitude, ce jeu appauvri, ces matchs ennuyeux, ces équipes au rabais et ces classements indignes.

Aujourd’hui, nous célébrons une grande victoire. Celle d’il y a 10 ans, quand notre équipe nacarat et crème a torpillé dans les grandes largeurs cette Corogne grâce à un explosif artificier croate, un collectif soudé, et un groupe transpirant la folie et la joie de vivre. Mais aussi, célébrons cette victoire que nous consommons tous chaque week-end un peu plus, celle qui a fait basculer l’ASM dans le 21e siècle, dès que Dmitry Rybolovlev a signé le papier par lequel il devenait propriétaire de notre club de cœur.
Il y a 10 ans de cela, une grande équipe a souhaité inclure le cinquième jour de novembre pour toujours dans notre mémoire. Son espoir était de montrer que victoire, joie de jouer, spectacle, buts et vibrations étaient plus que des mots, mais une réalité, une perspective. Après 10 ans de quasi-mort-clinique, cette perspective est à nouveau présente. Notre cheptel est beau à nouveau, notre cheptel est puissant, notre cheptel sait jouer au ballon et nous proposent des frissons et des moments de joie que l’on croyait perdus à jamais. Et surtout, nous sommes à nouveau fiers de nos couleurs !
Mais plus que cela, c’est dans la structure même du club que cette modernité s’exprime. Car notre bon président russe est tout sauf un ocieux personnage, et son activité a permis nombres d’avancés significatifs à tous les niveaux, dont la plus conséquente est la modernisation drastique de la communication du club.
Le site internet par exemple, rénové il y a peu, propose un contenu riche et varié permettant aux supporters d’assouvir leur passion, les nourrissant de photos, de vidéos, toutes de grande qualité. Finis les portraits filmés de biais par un caméraman en phase terminale de Parkinson. Finis les présentations au rabais et les assemblages sous paint.
Les victoires sont là, le jeu est de retour, les techniciens sont de sortie, et grande nouveauté, le supporter peut s’immerger à fond dans la vie de son club de cœur. Hosanna !

Étalons notre joie de supporter cette grande équipe qu’est de nouveau l’AS Monaco. Mais surtout, soyons magnanimes, car ce Monaco-là est encore en construction, malgré tout ce que l’équipe a déjà montré ces derniers mois.
Et à l’heure de nous vautrer en critique quand l’équipe ne ramène qu’un nul de Reims, souvenons-nous des terribles moments que nous avons traversé, et de toutes ces épreuves que nous avons endurées avant d’arriver à nouveau en tête de la ligue 1.
Et là nous rendrions au cinquième jour de novembre sa vraie valeur, celle d’un jour qui ne sera jamais oublié.

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