Le mercato 2017 à Monaco : Mission impossible

Mercredi 17 mai 2017 23h00, après 17 ans d’attente, le peuple Rouge et Blanc célèbre le 8e titre de Champion de France de son histoire. C’est le début d’une nuit de folie pour les supporters et leurs joueurs et presque la fin d’une saison extraordinaire. À la rédaction de l’Équipe, l’ambiance est moins festive : Damien Degorre pleure tout seul dans son coin, Gilles Favard reste sans voix, et Marc Libbra revisionne pour la 342e fois le match perdu 1-4 par son équipe au Vélodrome face à notre cheptel. Mais comment le grand Paris Saint-Germain et ses moyens financiers colossaux a-t-il pu s’incliner face à la petite équipe de la principauté ? Dans l’attente d’explications plus rationnelles qu’une simple supériorité sportive du club de la principauté, la rédaction décide de mettre en place une cellule d’aide psychologique pour ses salariés les plus touchés par le titre monégasque.
Vers 4h00 du matin, le vice-président de l’ASM rentre dans son bureau et consulte sa messagerie de son téléphone professionnel : 458 appels en absence et 138 messages. Vadim écoute quelques messages de félicitations et de demandes de rendez-vous. Il sourit, fatigué, mais heureux.
Soudain, il remarque une cassette posée sur son bureau à côté d’un magnétophone. Vadim l’insère et une voix caverneuse se fait entendre.

« Bonjour M. Vasilyev. Vous avez réussi à devenir champion au nez et à la barbe des Qataris, entre autres grâce à un mercato 2016 de folie. Votre mission Vadim, si vous l’acceptez, sera de faire encore mieux cette année. Vous devrez vendre pour près de 200 millions les joueurs indésirables ou ayant un bon de sortie, et vous n’aurez que 100 millions pour recruter et monter une équipe compétitive pour tenter de réussir de nouveaux exploits l’année prochaine. Vos ennemis sont légion : le terrible Jean-Michel “Twitter” Aulas, le Fair Play Financier, les médias français et particulièrement le journal L’Équipe dont les journalistes et consultants vous détestent profondément et souhaitent votre perte. Méfiez-vous d’un certain Nasser, qui dispose de moyens illimités, peut proposer à vos futures recrues des salaires mirobolants et qui a décidé de déféquer sur l’organisme de régulation financière de l’UEFA. Comme d’habitude, si vos recrues ne donnent pas satisfaction et si vous échouez dans votre mission, l’agence niera avoir eu connaissance de vos agissements. Bonne chance, M. Vasilyev, cette cassette s’autodétruira dans 5 secondes… »

Vadim, seul dans son bureau, soupire.
– C’est vraiment une mission impossible, se dit-il, mais j’ai un plan.
L’opération Mercato 2017 est lancée.

Acte 1 : Le transfert de Bernardo Silva

Vendredi 26 mai, Vadim reçoit les représentants de Manchester City à Monaco.
– Nous voudrions racheter votre Bernardo Silva. Il nous a fait une forte impression il y a quelques mois.
Vadim sourit.
– Il vous a fait mal surtout, comme toute l’équipe en réalité. Mais je vous comprends. Allez-y, je vous écoute.
Discrètement, le représentant de City touche son postérieur encore endolori par l’élimination en LDC.
– Nous vous proposons 40 millions d’euros. Cela fait une belle plus-value pour un joueur acheté 15 millions.
Vadim rit.
– OK, nous pouvons aller jusqu’à 50 millions d’euros.
Vadim sourit.
– Vous n’allez pas nous réclamer 50 millions et 20 de bonus quand même ?
Vadim sourit, hoche la tête et sort son stylo en argent massif.

Acte 2 : Le transfert de Valère Zermain

À la fin du mois de juin, Vadim reçoit les représentants de L’OM à Monaco.
– Nous voudrions racheter la dernière année de contrat de Valère Germain. Il souhaite nous rejoindre dans le cadre de notre « Champion’s Project », et en plus c’est son 3e club de cœur en 2 ans, nous espérons donc un geste de votre part…
Vadim sourit.
– Nous vous proposons 2 millions d’euros.
Vadim rit.
– Nous pouvons aller jusqu’à 5 millions d’euros.
Vadim sourit.
– Vous n’allez pas nous réclamer 8 millions pour une année de contrat quand même ? On parle de Valère Germain, pas de Paul Pogba !
Vadim sourit, hoche la tête et sort son stylo Bic, pour ne pas froisser ses interlocuteurs qui n’ont pas vraiment les mêmes moyens.

Acte 3 : Le transfert de Mboula

À la fin du mois de juin, Vadim appelle le président du FC Barcelone.
– Bonjour, nous sommes intéressés par votre petit Mboula, et nous souhaiterions négocier.
Bartomeu, sûr de sa force, lui répond d’un air condescendant :
– Pas à moins de 20 millions, c’est un jeune en devenir, il a énormément de talent, nous comptons sur lui pour remplacer Messi dans quelques années, et nous savons que vous avez les moyens. Vous avez vu son but en Youth League ?
Vadim soupire :
– Très bien, c’est votre dernier mot ? Nous pouvons lui proposer du temps de jeu et nous serons en chapeau 1 en Ligue des Champions.
Bartomeu commence à s’énerver :
– Vous savez à qui vous parlez ? Je suis le président du plus grand club du monde. Nous sommes en position de force et personne ne quitte le FC Barcelone sans mon accord.
Vadim met fin à l’appel. Il sort son iPhone 7 en platine incrusté de rubis, et soupire. Il envoie un message, attend la réponse, puis envoie un nouveau SMS, cette fois-ci au président de Barcelone :
— Clause libératoire de 3 M payée. Merci beaucoup et au plaisir. Vadim.

À Barcelone, Bartomeu est vert de rage. Le postérieur douloureux, il appelle sa secrétaire :
— C’est la dernière fois que je me fais baiser par un club français… Convoquez-moi les avocats du club, cette situation ne doit plus jamais se reproduire.

Acte 4 : Le transfert de Mendy

Dimanche 23 juillet, Vadim reçoit de nouveau les représentants de Manchester City à Monaco.

– Nous voudrions racheter votre Benjamin Mendy…
Vadim sourit.
– Nous vous proposons 45 millions d’euros, c’est déjà beaucoup et nous avons déjà cédé à vos exigences il y a peu de temps. Nous espérons un geste de votre part.
Vadim rit, son majeur le démange, mais il est poli.
– Nous vous proposons 50 millions d’euros, c’est une plus-value exceptionnelle en une année…
Vadim sourit.
– Vous n’allez quand même pas oser nous réclamer de payer plus cher que pour Walker ? Mendy ne mérite pas d’être le défenseur le plus cher du globe ! Il n’a fait qu’une bonne saison !
Vadim sourit, hoche la tête et sort son stylo en or massif.

À la rédaction de l’Équipe, l’ambiance est au beau fixe. Les rumeurs de la signature de Neymar au PSG se font de plus en plus nombreuses, et rapidement la nouvelle se confirme : Neymar est bien parisien. Damien Degorre est sorti de sa dépression nerveuse et le quotidien hésite à rebaptiser sa chaîne Neymar TV.
Pour autant, il faut bien vendre du papier, et l’AS Monaco reste un concurrent très sérieux face au PSG. La rédaction décide donc de lancer une opération : MBappé à Paris. Tout le mois d’août, le quotidien et l’Équipe TV verront leur ligne éditoriale divisée en 3 parties : la vie de Neymar en Ligue 1 pour moitié, le transfert de MBappé à 45 % et les autres sports et évènements sportifs (Championnats du monde d’athlétisme, Formule 1, Tennis et j’en passe) en dernière page.

Acte 5 : La rumeur CR7

Au cœur de l’été, une rumeur se propage sur les réseaux sociaux et internet. Un certain Plazma annonce que le club de la principauté va accueillir le plus grand joueur du monde, CR7 Himself. S’appuyant sur un forum de supporters, il annonce dans un anglais hésitant et franchouillard que tout est réglé et que le portugais va arriver en star avant le coup de sifflet du match de Monaco-Marseille. Plus c’est gros, plus ça passe, la gorge profonde autoproclamée annonce même le thème de la présentation : James Bond, tout simplement. La communauté monégasque se met à la recherche de la véritable identité de ce Plazma afin de vérifier si cette chimère peut devenir réalité. Mais rapidement, ce triste sire est démasqué : il s’agit au mieux d’un fils à papa loueur de filles, au pire d’un vulgaire proxénète. Il s’explique maladroitement en voulant montrer aux supporters que la direction fait du bon travail et que cette dernière était très touchée par les critiques des supporters sur internet. Devant cette pitoyable argumentation, les internautes rient de bon cœur. Probablement vexé, Plazma s’enfonce et explique dans un second temps avoir voulu faire pression sur cette dernière afin de faire venir CR7 à Monaco. Si les amateurs de ballon rond et connaisseurs du milieu n’ont pas mordu à l’hameçon, certains rêvent aujourd’hui encore de voir arriver le fantasque portugais renforcer le cheptel monégasque.

Vadim, lui reçoit une nouvelle cassette par courrier postal.
– Bonjour Vadim, votre mission va devenir plus compliquée. Le vil Nasser a discuté dans votre dos avec votre jeune pépite MBappé. Il lui a proposé un salaire astronomique et le père du joueur a accepté son offre. Le petit Kylian est privé de PlayStation et de TV tant qu’il reste à Monaco. Ce Nasser va tenter de vous l’arracher à un vil prix. Vous devez freiner les négociations jusqu’à la fin du mercato et en obtenir au moins 180 millions d’euros alors que seul son club est prêt à entrer en négociation.
Vadim déglutit.
Ce n’est pas tout : nous avons besoin d’assurer pour le FPF l’année prochaine. Il faudra donc assurer un prêt avec une vraie fausse option d’achat en juin 2018. Bonne chance M. Vasilyev.

Acte 6 : Le transfert de Kylian MBappé et les négociations avec Nasser.

Au mois de juin, Vadim reçoit un message de Nasser :
– Je veux ton petit Kylian, mais il ne vaut pas plus de 40 millions à mes yeux. Après tout, il n’a que 6 mois de haut niveau. Dis-moi quand tu viens à Paris pour signer…
Vadim rit, et lui répond :
– Pas assez cher Nasser, pas assez cher…

Au mois d’août, nouveau message de Nasser.
– Bon Vadim, j’ai bien réfléchi. Je veux ton petit Kylian, je suis prêt à mettre 100 millions et pas un de plus. C’est mon dernier mot. Personne ne t’offrira d’avantage. Je peux faire ce que je veux, même me payer Neymar tu as vu ?
Vadim rit, et lui répond :
– 180 avec bonus.

Mi-août, devant l’absence de relance de Vadim, Nasser envoie un nouveau message :
– Bon, mettons 150 millions pour Kylian et on vous offre un joueur au choix, je pensais à Hatem, Gregory, Javier ou Lucas, tu choisis. En plus il ne joue même plus dans votre équipe. On est déjà d’accord avec le gosse et son père. C’est vraiment une super affaire.
Vadim rit, et ne lui répond pas.

Fin août nouveau message de Nasser :
– Bon, d’accord pour les 180 millions pour un transfert sec. Tu es vraiment dur en affaire, Vadim, mais il faut impérativement signer avant lundi midi, sinon ça va être compliqué avec Deschamps.
Vadim sourit, contemple son stylo en platine incrusté de diamants bleus, et lui répond :
– D’accord, mais j’ai encore d’autres conditions à te soumettre. En plus lundi j’ai piscine, et mardi je suis pris, je te rappelle dans la semaine.

Acte 7 : Monaco-Marseille et le transfert de Jokevic

Dimanche 27 août. Il est 20h00 quand Jacques-Henri Eyraud arrive confiant au Louis II. Son coach Rudy Garcia lui a promis la même opération qu’au Parc des Princes l’année dernière, L’Opération « Oui-Bus ». Avec 7 joueurs défensifs sans le gardien, il est sûr d’éviter de prendre une nouvelle rouste chez son voisin azuréen. De plus, son nouvel avant-centre Valère Germain a l’habitude de marquer contre tous ses clubs de cœur, et ils sont nombreux. La soirée s’annonce belle, et Jokevic est en route pour sa visite médicale. Il sourit en repensant au serbo-monténégrin qui lui demandait plusieurs autographes avec insistance sur toute une liasse de papier dans l’hélicoptère qui l’amenait en principauté. Le « Champion’s project » est en train de le rendre célèbre.

Dimanche 27 août. Il est presque minuit lorsque Jacques-Henri Eyraud rentre chez lui en ambulance. Il digère à peine le résultat et les 6 points de suture que l’on vient de lui poser lorsque son portable lui indique 3 messages reçus.
– Désolé pour ton projet. Vadim.
– Dézolé pour ce soir, z’ai pas eu un ballon. Ils z’étaient où mes coéquipiers ? Valère.
– C’était moi dans l’hélico, et vu l’équipe de Marseille je reste à Monaco. Jokevic.
Sonné, il tente de s’assoir, mais la douleur est encore trop vive. Jacques-Henri dormira sur le ventre cette nuit.

Acte 8 : Le départ de MBappé

Dimanche 27 août 23h00, à la rédaction de l’Équipe, l’ambiance est euphorique : ce n’est pas officiel, mais presque, MBappé est parisien ! Damien Degorre court nu en riant dans les locaux du quotidien et Gilles Favard arrive dans les locaux du quotidien avec une caisse de mousseux. Seul Marc Libbra manque étrangement à l’appel. À la conférence de rédaction, l’ambiance redevient studieuse : mais qu’allons-nous mettre en une demain ? Damien Degorre se lève la bave aux lèvres :
— On a qu’à remettre le couvert avec les avantages fiscaux de Monaco ! Ou alors, souligner l’affaiblissement incroyable du potentiel sportif de l’équipe monégasque ?
Gilles Favard se fait prophétique :
– De toute façon, le PSG sera champion comme tous les ans, alors pourquoi pas ne pas titrer : Paris déjà champion ?
Bertrand Latour propose un article de 3 pages sur le plat préféré de Neymar.
– Je ne le connais pas, mais je peux inventer. Dit-il en jouant avec son hand-spinner.
Le rédac-chef tranche :
– Demain, nous allons modestement faire la une du journal et les 8 premières pages sur MBappé le futur Ballon d’Or et l’incroyable mercato parisien. Ce n’est pas parce que rien n’est officiel que l’on ne peut pas en dire que ça l’est. La victoire de Monaco face à Marseille, tout le monde en convient, est anecdotique. Je ne tiens pas à être partial. Nous sommes journalistes, et nous devons garder une certaine éthique.
Tout le monde explose de rire, sauf Damien Degorre, qui tape discrètement « éthique » sur Google. Manque de chance, il tape « ethnik » et se retrouve avec le clip « Simple et funky ».
– Après, on reprend l’idée de Damien dès mardi et on va même plus loin : on s’en prend à la fois à Monaco, ses avantages fiscaux, mais aussi à sa politique sportive qui poussent les autres clubs à acheter ses joueurs à des prix extravagants. Aulas n’a pas tort, le marché est devenu fou. La faute à qui, si ce n’est aux clubs vendeurs ? Appelez Nicollin et De Tarvernost, ils vont vous aider. Simple non ?
– Et funky, ajoute Degorre…

Acte 9 : L’arrivée de Keita Baldé

Lundi 28 août, la France du foot tout entière se réveille en repensant à ces terribles images de viol collectif de 11 Marseillais, diffusées en direct et à une heure de grande écoute. Pour les Monégasques, c’est un réveil mi-figue mi-raisin. Certes, les sardines sont reparties avec un fondement encore plus endolori que l’année dernière, mais le départ de Kyki, passé de gendre idéal à traitre sifflé par tout un stade, interroge. Qui pour le remplacer ? Diakhaby semblant encore trop léger, ne va-t-on pas se retrouver avec une star sur le déclin, ou pire, Lacina Traoré qui reviendrait hanter la pelouse du Louis II comme une âme en peine ? Mais rapidement, Vadim va encore frapper un grand coup et rassurer les supporters du club à la diagonale. Keita Baldé, ancien de la Masia, et ayant explosé en Italie, signe à Monaco au nez et à la barbe de la Juventus de Turin et des deux (ex) géants milanais. Le prix du transfert est inhabituel pour le club princier, mais au vu du coefficient multiplicateur de Jardim et des qualités du joueur, cela est encore une fois une opération exceptionnelle.

Acte 10 : Refourguer l’improbable Lacina

Ce mardi 29 août au soir, Vadim entre dans son bureau et fait ses comptes : près de 174 millions d’euros de ventes plus 20 millions de bonus atteignables, un peu moins de 100 millions d’achats, et les 180 millions extorqués à Nasser pour Kylian provisionné pour l’année prochaine. Financièrement, la mission est un succès.
Au classement, l’équipe est à égalité avec son rival parisien et le groupe est plus étoffé que l’année dernière. Il est même parvenu à garder Fabinho et Lemar. Sportivement, la mission semble un succès.

Vadim savoure une petite coupe de champagne, savourant le succès de ce mercato et la réussite de sa mission, lorsque le Vice-président de l’ASM remarque une cassette et un magnétophone posés discrètement sur le fauteuil réservé aux invités.
Bonsoir, M. Vasilyev, votre mission est réussie au-delà de toute espérance. Votre êtes un dirigeant remarquable et efficace. Néanmoins, nous avons une autre mission à vous confier. Celle-ci est encore plus difficile.
Vadim fronce les sourcils. Plus difficile que de faire rentrer 75 millions en cash dans les caisses du club ? De poursuivre des séries record et de mettre des cartons aux sardines en ayant perdu près de la moitié de l’équipe type ? Mais qu’est-ce qui peut être encore plus compliqué ?
Reste une dernière mission pour vous, M. Vasilyev : réussir à refourguer Lacina Traoré dit « Cotorep » à n’importe quel club de la planète. Je vous rappelle que l’Europe tout entière s’est aperçue de l’inaptitude de ce joueur à la pratique du sport en général et du football en particulier. Vous n’avez bien sûr pas la possibilité d’utiliser votre bulldozer polonais pour le détruire à l’entrainement.
Vadim soupire et regarde sa montre. Il lui reste 48 heures pour réussir une mission qui, pour cette fois, semble vraiment impossible. Il sourit, non, rien n’est impossible avec Vadim. Demain, c’est sûr, Lacina ne sera plus là.